La fée des travaux public

La fée des travaux publics
L’ange des routes
La dame blanche des bandes alternées
Le faisceau de l’anti brouillard
Plein phare dans la courbe des campagnes
Les talus, parfois au sud,
Des ânes qui trottinent et de lents dromadaires
Des chèvres qui traversent brusques
Et ces tombereaux noirs qui sillonnent les grand axes
Clignotant comme le tombeau des saints
Des ponts qui rythment la nuit
Et dévalent aux abords des villes des rampes et des vertiges lumineux
Les flammes d’une raffinerie se noient dans la rouille de la nuit
S’éloignant de la métropole
Longeant les mornes hangars
L’ombre reprend son empire de plus en plus cristalline au sud de l’asphalte
Le voyage n’est plus qu’un chuintement
Dont les camions dessinent le ruban
Des stations spectrales posées sur le fil suspendu jusqu’au petit matin
L’elfe des ponts et chaussées veille jusqu’au point du jour
La radio grésille
Juste un café chaud
un demi croissant
Reste encore de la route
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Oiseaux

Jamais aucun amour je n’aurai  pu mettre en cage
Jamais aucun oiseau n’aurai-je pu enfermé dans l’oisellerie
Aucun hasard lugubre, ni aucun grillage,
Je n’aurais aimé
Que ceux dont on se tire à tire d’aile.

L’oiseau n’est pas qu’un vol, il est un chant,
Dans les frondaisons et l’écho des troncs,
Leurs mélodies constellent la voute verte.

Pensez-vous qu’on chante embastillé ?

J’ai perdu un amour,
J’ai gagné des oiseaux.

Il m’en reste les chants,
Je ne sais d’où ils viennent

Assis sur une souche
L’air embaumé de champignons
Je rumine une liberté solitaire

J’entends le chant de mes désirs
Vaquer dans les branches
Et ma seule envie est de m’allonger sur l’humus
Me faire dévorer par les vers
Un vieil arbre tombé

Jamais aucun jet de colère
N’abolira la peine
Reste la joie de regarder les colibris
Sucer la fleur qu’ils aiment
Les cris de la forêts
Ses échos sombres
La vie qui va
Loin et si proche
Se coucher dans un lit de feuille et s’y fondre

Qu’une pie crève mon œil si elle y trouve son nectar
Qu’un corbeau pique mon foie s’il a bon goût

Je m’en irais par morceaux pourvu que les chansons de la forêt
Partagent ma tristesse
Et comme le voile de mauvais mariages
M’emmènent vers la paix

Chantez pour moi, jolis oiseaux

Journal d’une nouvelle vie

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Il n’y a pas de premier jour. Ce qui s’écroule le fait précipitamment quand le craquement s’est fait entendre depuis longtemps. Au moment où les murs s’effondrent il y a déjà des roches qui dévalent le flanc des falaises et la végétation nouvelle colonise la poussière.

Les graines remuées, ventilées sont déjà à l’œuvre poussant des pousses dans les décombres, exposées aux rayons de lumière.

Il n’y a pas de premier jour que le dernier, juste le temps qui accélère avant de retomber en vagues graves sur la plage. Un jour passe avec l’autre, et parfois c’est avec un tremblement de terre, la falaise prend un autre visage mais l’océan imperturbable frappe ses flancs sans relâche.

Il n’y a pas de premier jour, il n’y en a pas de dernier, il y a la vie qui parfois prend de grands virages en très peu de temps, elle vire vers le ciel aussi facilement qu’elle plonge au cœur de la terre.

Un rien

Un rien.
N’est jamais rien.
Il est presque rien.
Le rien est asymptotique
Il tend vers l’horizon abstrait de son idée
Le rien ne peut pas être ce vers quoi il tend
Il ne serait plus rien
Le rien est la poussière d’un parquet bien ciré
Il est bien moins que peu
Un rien du tout
Pas plus qu’il y est un tout
Il ne peut y avoir rien
S’il n’y avait rien
Il n’y aurait pas de tout
Le monde ne se tient
Ni dans l’absolu ni dans le néant
Dans un chemin manigancé
Entre les crêtes et les vallées

Les Voix (1)

Le sujet est celui qui parle
La voix n’est pas la sienne
Elle est ce qui parle au travers du sujet
Il n’est qu’un porte-voix

La voix est ce que l’on entend et ce qu’on écoute pas.

Elle est à l’unisson de la foule
Celle qui n’écoute rien et ne parle pas
Traverse le je le vous
Une langue sans sujet sans objet
Un frisson porté par le poète venu de nulle part et n’allant vers rien
Une onde qui emporte les multitudes
Synchronisant des élans

La voix est une fibre vibrante
Et tissée dans une gorge singulière
Les racines emmêlées du passé
Les perspectives divergentes du futur

Un nouveau cône qui au point du présent
Offre hier et demain des être aussi divers qu’ils sont lointains

Le sujet qui parle est milles rivières qui jetées dans la vallée se dispersent en un delta de méandres
D’étangs, de plaines et de roseaux
Étendue lagunaire qui s’évapore dans l’océan

La vague  y est l’écho

D’un sujet aphone

Le concept

concept

L’esprit profond parle au concept
Et saisit au delà des amas d’étoiles
Des trajectoires

Son lasso de signe déroule un ordre
Etonnément précis
Mais incompréhensible

Il n’est pas que pas que les abstractions
Que le filtre d’un phare dessine sur l’océan
L’ombre difforme des idées
Qu’on reconnait dans les nuées

Les positions des osselets dans le sable
Des analogies qui tiennent des brins de laine
Parfois des flèches de bronze

Le concept n’est pas une forme
Souvent il est vide
Une raison qui à la surface du phénomène
Prend l’élégance d’un trait

Ceux qui le peuple
Une grotte

Il est énergie
Il est utilité
Il est justice
Il est opérateur
Il est agent
Un sujet
Et l’entropie
Il est pouvoir
Il est évolution
Il est jugement
Il est métaphysique
Il est

Il ne prédit rien et soutient tout
Appuyé sur les bras des arguments qu’il engendre

Enfant de ses enfants il est à la fois le père et la lignée

 Le concept ne rit pas
Ne pleure pas
Souffre dans l’idée d’être vain
Triomphe sans gloire
Juste le devoir d’une nécessité
Il parle à l’esprit
Comme au regard une nuit d’été
Allongé sur les aiguilles de pin
Contemple l’azimut

 

Sans qualité

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Cette vieille idée que l’homme est sans qualité, et que sa qualité est juste celle de n’en avoir pas, m’est revenue, dans le métro. Un musicien pas tout à fait comme les autres. Un pauvre d’apparence. Comme instrument un mélodion sorti de Toys’r us, réparé par des scotchs, le plus pauvre des instruments, un jouet arraché à la poubelle. Et une ritournelle déterminée, incroyablement mélodique sur des notes posées de travers, impeccablement rythmée.

Une chose à la fois ridicule et plaisante, désaxée et déterminée. L’instrument mauvais, mais le musicien bon. Un grommellement, une litanie. A peine l’esquive d’une voix. Chante-il vraiment? Est-il un de ces pauvres absolus qui pour mendier miment la musique?

Dans la rame et ses hoquets. Soudainement, subrepticement, un filet de voix mélodie une chanson, sans doute arabe, orientale, une plainte et chant d’amour, la mélancolie et cette touche d’espérance qui invite à la prochaine phrase, captivante mélopée. Une psalmodie, et un art ultra poverte. Pas un art, un hasard d’art dans la pauvreté.

Sans compter son visage, doux et fragile, buté, le regard fou qu’on reconnait vite celui d’un mal-voyant, ou celui d’une folie pas très douce. Ingrat, un visage ingrat et pourtant doux si doux l’on suit la mélodie, la mélopée, un art fait de touches sur le plus pauvre des violons, un parsiphone posé sur l’épaule. Chanter des chansons de mère à leurs bébés.

Un homme entre deux portes qui  est la plainte de la mère, un grincement très tendre, l’augure aux yeux crevés, un pauvre céleste. Entre deux métros.