La naissance des routes
juin 30th, 2011 § Laisser un commentaire
J’aurais d’un pas très lent traversé le monde
Ne pas y revenir
Mais je l’ai traversé à de multiples reprises
Je n’aurais pas traversé tout le monde
Mais mis dans mes traces des pas
Répétés
Cela fait une piste
Et de ce monde qui désormais est habitude
Quand il était surprise
Je dis la joie
Poser le pied
Dans l’empreinte des souvenirs
Et creuser un chemin
Et que croyez vous du monde ?
Qu’autre chose qu’on désire en soit le maitre ?
Les mondes qui se rejoignent rêvent des mêmes marques,
Et le sentier s’y fond
Les herbes écrasées par des animaux perdus
Qui posent leurs ongles
Sur le sol déjà foulé
Remâchant les parcours
Je dis la joie du monde
Qui ne vient pas de traversées folles
De corps jetés à travers le maquis
Désirant ce que l’on reconnaît
On creuse dans l’exubérance
Les formes même du monde
Les forêts deviennent des jardins
A la force de nos pas
Des cathédrales se montent sans imagination
J’aurais d’un pas très lent traversé le monde
Je n’aurais pas traversé tout le monde
Mais le monde à mes pas s’est transformé
Nous sommes des bergers,
Et nos chèvres en dessinent les routes
Voyager
juin 11th, 2011 § Laisser un commentaire
On ne voyage pas en avion. On traverse. Un transport suspendu entre deux points du globe. Un entre-deux vrombissant où le mouvement se résume à des films de cinéma, des aller-et retour aux toilettes confinées, le rythme des en-cas. Voyager c’est attendre. Il faut juste attendre pour arriver, ne rien voir. Un sas.
Voyager s’est s’arrêter et repartir, sentir le vent sur le visage, les attaques de la pluie, ce restaurant vide et délicieux, l’ornière dont on a eu du mal à sortir. Les odeurs des bois, le panorama éclatant dans la courbe d’un col. Paysage. Les bouchons. Les douanes à franchir. Les plaines qui s’étirent. Des jours fourbus, le délice d’une eau glacée, la sueur, la poussière. Le sommeil qui assomme. Et la halte dans un petit hôtel, ce goût de découverte.
Traverser ou voyager, qu’importe, quand le mérite de l’épreuve, qu’elle soit une attente ou une course d’obstacle, est un ailleurs.
Les fantômes
juin 10th, 2011 § Laisser un commentaire
J’en aurais croisé là où je ne m’attendais pas. En hivers, à Grenade, dans un hôtel glacé, qu’un vieux juif – l’était-il? – habité, inquiet, tenait dans un indescriptible désordre dont on devinait l’ordre obsessionnel. Une barbe électrique qui rayonnait de son visage, restait des yeux alarmés qui allaient en tous sens.
Des consignes pour tout. L’eau, les allées venues, le régime des boissons, les sacs et la sécurité, des annonces de marches, le paiement à l’avance. Affichées en coins et recoins, des piles de journaux, la lettre ici vivait à la hauteur de l’anxiété du gérant.
De fantôme j’ai deviné la présence, comme un frisson dans le dos, dans l’œil alarmé de cet ami bien entrainé pour leur parler. Il eût peur et j’ai vu son regard virer, il faisait froid, moins de deux ou trois degrés sous zéro dans cette Andalousie hivernale et l’on sentait roder dans ce petit hôtel une idée de la mort, ce fantôme. Femme? homme? Un enfant?
C’est une situation inconfortable, surtout dans les pensions espagnoles. Il n’y a pas de tapis ni de moquette, rien pour amortir, adoucir, les murs sont couverts de céramiques et l’angoisse y résonne infiniment. Les fantômes s’y reflètent, et voudraient-ils disparaître les carreaux prolongent leur calvaire. Des échos. Car les fantômes n’ont qu’une espérance : disparaître enfin. Comment être encore quand le goût d’être ne trouve plus le sel de la chair ? Les fantômes ont la conscience de l’être sans la joie de la vie, ils supportent les devoirs, maintiennent la mémoire, souffrent.
On devinait dans cet hôtel un meurtre impuni, irrésolu, un mystère enterré, et dans les laminaires d’un courant d’air gelé une menace de vengeance. Certains sont avec les fantômes comme nous sommes en société, et mon ami, cet étranger, avait la faculté de les côtoyer de près. Des secondes d’effrois sont passées, des verres de xérès les ont pansées. Ils ne les comprenaient pas ces fantômes, ne parlait pas leur leur, mais il les a senti comme on sens les chiens sauvages qui s’approchent du feu et volent un os. Les loups sont les amis des fantômes.
Nous avons repris la route mais cette nuit là est restée, même si nous descendions au matin à les oliviers et les orangers, en route pour Tanger, nous avons connu un hivers désolé, un homme dans le dédale des imprimés cachait un drame très secret.
Jusqu’à ce que la batterie meure
mars 23rd, 2011 § 1 Commentaire
Jusqu’à ce que la batterie meure
Je serais avec toi
Sais-tu que le miracle des distances abolies
Ce dé qui reste au tapis
Ne dépend que d’une pile ?
Je ne cours pas les montagnes
Et si parfois je glisse sur une vague
C’est un miracle de rencontrer encore
La pierre, l’eau, le feu et l’air du monde
Nous vivons dans les ondes,
Un téléphone,
Ce miracle que la vie
Arrache au monde
Reprenant dans sa main l’intime des matières
Elle ne tient qu’à la charge
Bien trop courte, bien trop faible
Pour durer une vie
Et ainsi sont fait nos vies
Préserver nos machines
Leur redonner le souffle
Juste trouver une prise
J’aurais mon amour franchi les océans
Et m’échappant à l’histoire
Surgit où rien n’était possible
Mes mots parcourent le monde pourvu qu’on les lise
Et ce miracle tient dans l’heure
Dans l’acide et le plomb
Des métaux rares, des gels toxiques
Le sang de nos machines étranges
Je rêve de graver dans le cristal
La portée de nos mots
L’éternité ne tient
Que dans la faculté de nourrir nos engins
Et s’il fallait toujours
Maintenir le rêve comme un ballon en haut
Il faudra décider de garder au coin de la maison
Une dynamo et un vélo
Pour pédaler toujours dans le ciel.
Aganju
octobre 10th, 2010 § Laisser un commentaire
Comment sommes-nous marqués par les images?
Dans leur multitude en choisir une qui soit attachée de manière très intime et assez allégorique pour que nous lui prêtions qu’un mythe nous pénètre. Les images sont nombreuses, mais les attributs qui incarnent les héros sont rares.
Il peut s’agir d’un prénom. Christophe. Ce saint de Lycie qui fît franchir le fleuve à un Christ enfant. Ce pont humain. Drôle de figure quand on contemple les vagues. Le regard fixé sur cette fin de l’onde, sur les plis et surplis des limites.
Calculer l’angle au repère de l’horizon. Les mots jettent leur portée par delà le ciel. C’est un pont aérien. Face à l’océan il n’y a pas d’autre rivage pour que s’y jette la travée. Pourquoi le monde pèse-t-il plus quand on le franchit?
Que le corps avec l’age épaississe et il entre dans celui d’un géant, aux épaules si fortes qu’elles portent le poids du monde en plus de celui de l’enfant, à chaque pas plus lourd. Ce n’est pas l’espace qui pèse mais l’histoire. Qu’après l’épreuve des fruits jaillissent de son bâton donne l’idée que les ponts plus que traverser le fleuve ensemencent ses rives. C’est la vie qu’il transborde.
Je porte dans cette image, comme le destin dans une main de tarot, une idée de l’amour qui plus qu’une confusion est ce pas assuré dans le tumulte des courants, un bâton planté dans le trou des rapides, la marche obstinée vers l’autre rive, un passage à pied. Atteindre enfin la berge, et s’y effondrer de fatigue.
Les ponts viendront plus tard, quand allant et venant, les habitants des rives porteront des pierres en travers des flots, suspendant sur des piles; une voix et un commerce. Pour bâtir des ponts, il faut d’abord traverser des frontières. L’eau glacée qui bouillonne dans les reins, avancer, marquer, préparer, lutter. Des perches posée au tiers de la cataractes, pour signaler les piles à édifier. Les ponts ne sont qu’une idée. A travers l’atlantique.
Ce saint porteur et transporteur se transporte dans le corps d’Aganju le navigateur, celui qui connait les passes, le dieu des grottes, un volcan qui parcoure le désert, la force régénératrice qui retourne le monde en le traversant. N’est-il pas le dieu de l’espace aussi? Par delà l’océan. S’il n’a pu franchir d’un pas, au moins a-t-il pu se dédoubler.
Les saints et les orixas, double visage d’une même figure à la force accablée, à la vitalité inaltérable, à la nécessaire modestie de ce qui ne permet que des possibles.