Testament v1.0

juin 12th, 2011 § Laisser un commentaire

Il est un certain age auquel il faut penser à la fin et formuler des souhaits pour l’ultime mise en scène. Ma foi étant très limitée je renonce à l’église. N’ayant pas le sens de la propriété je n’imagine pas coloniser la ville pour une crypte, autant être à réduit l’essentiel. La crémation me convient bien. Combien de grammes pour un corps? Un joli kilo, j’imagine, pour moi qui atteint bientôt le quintal.

Reste à savoir que faire de ces cendres. J’avoue n’avoir pas d’idée précise. Les cendres sont légères s’envolent avec le vent, mais dans l’outre d’une urne j’imagine qu’elle peuvent rester longtemps.

Alors disons pour une cuisine simple, que j’aimerais être réparti en trois tiers. Le premier serait dispersés dans les vagues de la côte basque, c’est à la mer que je doit revenir, elle a failli me prendre, je lui dois bien ce retour sur investissement.

Pour un second tiers j’aimerais poursuivre l’écoute des vivants. Me trouver sur la cheminée de mes enfants et de mes descendants serait une joie sans pareille. J’imagine mes cendres se soulever de rire quand la famille est en joie. Je ne ferais pas de bruit dans l’urne, mais j’imagine le tourbillon de poussière.

Reste un tiers, à donner à qui le veut. Passer de mains en mains, de trafics en trafics, ma cendre coupe la coca, et se prépare à visiter l’âme d’inconnus. J’aimerais que ma poussière file à grande inspiration dans l’esprit de mes contemporains.

Quelle ironie! Je plains mon exécuteur testamentaire. Pour lui épargner cette épreuve impossible, disons-lui que je n’aimerais disparaître ainsi qu’exceptionnellement. La mort n’est pas une calamité.

un homme s’efface

janvier 25th, 2011 § Laisser un commentaire

Il suffira de vivre de la Chine à l’Algérie

Du Brésil à Belleville

Entendre que la mort frappe à Soisson,

Les vieux partout crèvent de ne pas vivre

Quand la vie partout ne fait que vivre

J’en connais une qui hésite

Dans son hémiplégie

La vie ne meurt pas de malheur

Mais de cet ennui

L’ennui

Une gêne de l’autre

Et l’absence de soi

La vie partout surgit

Triomphant des douleurs

Des humiliations

Elle cède quand vient la mort

Que rien ne dit de son avenir

Un coup de fusil résout l’équation

La liberté y trouve la plus belle des raisons

Et que son prix soit un corps en sang

Sur le carrelage de la maison

A si peu de prix

Les morts parfois pensent au-delà de la mort

Leurs raison donne la raison à leur mort

Le prix de la douleur est celui de la raison

Qui veut mourir?

Et maitre de sa mort comme on a été maitre de vie

Fussions nous maçon,

Paysan

Un suicide?

Non!

La dignité

Cette aristocratique vertu du modeste

Rester homme à l’ultime limite

La fierté de maitriser sa fin

Mais combien sont-ils des mois durant?

A résoudre l’équation

D’une fin annoncée

Et de printemps flétris

Les hommes faits dans la pierre

Ne peuvent à l’horizon

Renoncer à la grandeur

Et se soustraire au salpêtre

Il est des renoncements comme des gloires

Se refuser à dieu c’est renoncer à la mort

Celle de ses usures

Celles de ses insultes

Celle de ses renoncements

De son chemin de pierre

Cette inutile avancée au calvaire

L’homme est celui face à la fin

Prononce un dernier mot

Une balle dans la tête

Saluons le courage de ces hommes

Échappant à l’ignominie des corps qui leur échappent

Et dans la raison simple de leur dignité

Préfèrent un coup de fusil

Aux affres de la débilité

Saluons ces douleurs aiguës

Ces tragiques coup de feux

Ces cadavres sanglants

Ces gloires de libertés

Ce triomphe.

Et d’un quartier à l’autre,

Je voyage d’une Afrique à l’Asie

Il me revient des routes

D’avoir embrassé un cadavre

D’accompagné des cendres

La grandeur de la mort  reste dans son choix

Saluons qui dans la douleur

A voulu rester maître

Saluons qui part

Sans se soumettre

Il est un dieux ce père

Qui ne se résoudt à la mort

Nous le regardons fuire

Dans l’histoire vivante

Saluons sa victoire

Ses cendres au coeur de la pierre

Irriguerons nos victoires

Les morts sont nos amis.

Certains en sont les victimes

D’autres l’ont choisie

Nous ne saurons rien de ce qui vaut à la mort

Mais ceux qui l’ont choisie mérite le respect

De l’avoir maitrisée

La noblesse est au fond

Dans le plus grand désespoir

D’être le maître de sa chute

Saluons celui qui renonce

sa mémoire reste avec nous.

Où suis-je ?

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