Les grandes vagues

décembre 16th, 2011 § Laisser un commentaire

Les vagues courent du centre des océans

 

C’est le fetch des terribles tempêtes qui les forge

Animant le liquide

D’un mouvement qui se propage

Loin de tous les rivages

Loin de la vue

Au cœur de ce désert où les vents de l’Arctique

Se fracassent aux vents des suds

 

Là,

 

Que se forment l’onde qui traversera l’étendue

Venant sur les plages

Verser son écume

 

Il faudra le hasard des grands fonds

Ces canyons abyssaux

Des talus bathymétriques

Les gorges qui condensent la vibration de l’océan

et la projettent sur les caps

 

100 pieds de haut à Nazaré

La rivière des profonds

A laissé grandir le mascaret

100 pieds de haut

 

Quand le fond manque la vague s’élève

Et elle mord la grève

Une crinière de pluie s’élevant à l’arrête

Des jets bouillonnants qui se referment sur son ventre

 

Le sable soulevé

Elle mord le banc

Ses eaux s’en vont et se retournent dans les flux de la baie

Des courants arides et puissants

 

Et Belharra aussi

Un haut fond y lève de rares houles

Des roches noires tapies

Qui ralentissent et la redressent

Une colline mugissante

dévale en bouillons chaotiques

 

Souvent en janvier

 

Des miroirs

Ces optiques marines

Ce tremblement de la matière

Qui parcourt l’aquatique

Le jeu de la lune et du soleil

En font varier le recouvrement

 

J’entend du haut de la falaise

A l’abri du vent

Ce chant qui meurt

Le cornet des marées

Mourir

Sur la digue

En folles explosions.

Les pages de l’amour

novembre 3rd, 2011 § Laisser un commentaire

Je n’aurai rien compris du monde

Que l’urgence de l’écrire

 

Et d’en dire

N’apporte rien à le comprendre

Faut-il encore en parler

Même s’il faut en rien n’y connaître

 

Peut-on parler encore

De ce qu’on ne peut n’en connaître rien ?

Quel amour donne le droit

De dire ce qu’on ne connait pas ?

 

Nos amours sont sans raison

Et sans doute n’ont pas de mots

Suffit-il que pour cette raison

Que nous n’en disons rien ?

 

Qui dira sans amour ce que nous connaissons pas

Qui ira au delà de ce que l’on sait

Qui franchira l’ignorance avec l’innocence

De ceux qui ne savent rien

Mais en toute confiance

Atteignent ce dont ils ne devine rien

 

J’aurais au bord de la falaise

Regardant des vagues qui viennent toute les douze secondes

Surveillé un rien

Cette onde sur les plages

 

Quel amour se rompt au rivage ?

 

Ce rien qui divague

Une risée qui berce le visage

Une idée échouée

Pauvre pêcheur

juin 26th, 2011 § 1 Commentaire

De la puissance de l’être je ne sais assez peu,
Et ses formes je les sais multiples
Je suis un nain qui regarde les montagnes,
Des vagues vertigineuses,
Des planètes me tombent sur la tête.

Les vouloirs en mon âme pagaillent,
j’aurais voulu tout lire
Et je ne comprend rien
Les philosophes m’assaillent
Et leur langues me blessent

Il faudrait des siècles pour les deviner
Je suis un homme ici avec un pauvre langage
Je suis dans l’ignorance
Au-delà de ce que je sais

Je ne laisse rien aux dieux
Il ne me reste que l’amour

Je monte des murs pierre à pierre
Mes mains connaissent le ciment
Mes pieds calleux
Leurs ongles cassés

Comment penser le vrai quand
La pensée nous échappe ?

Serais-je un maçon
Il ne suffit pas de dresser des murs
Pour regarder la lune

Et je regarde la lune
Et ne suis pas astronome
J’aurais voulu savoir
Et la géométrie m’échappe

Des mots viennent
Ils sont si faibles
Qu’ils ne disent rien

Que mon désarroi
Nous ne savons si peu
Que la raison s’évanouit
Seul l’amour nous tient

Au pied des murs
J’aurais été un savant
Dans ma tête vivent des bibliothèques
Je peux citer et réciter

Des livres par milliers occupent ma tête
J’aurais tout lu
Et je n’ai rien lu

Au pied du monde nous ne savons rien
Des siècles d’histoire et la guerre qui revient
La richesse qui croit et s’effondre

J’aurais dans les livres crus qu’une vérité se dresse
Je brule dans un désert des brindilles graciles
Un thé pour être ensemble

Les vagues qui martèlent la falaise
Au creux d’une dune

Je suis un homme ici avec un pauvre langage

Et je regarde au large une nuit brumeuse
Que sais-je du monde
Que mes compagnon de la nuit

Ces pêcheurs qui vont à l’aube
Glaner les coquillages
Le poulpe
et les ormeaux

Nous veillons à la marée

Ah ce maigre savoir,
Ce pauvre des rochers
Des flaques à marée basse

Lagon

mai 11th, 2011 § Laisser un commentaire

Et l’amour restera ce roc
Qui n’a pas rompu
Ce dernier de ce qu’on sait
Cet extrême du savoir
L’au-delà du moderne

Nous sommes des animaux de langue
Des hommes fleurs

Nos îles disent le vrai des limites
Le savoir est un lagon
Au delà des barrières
Il est ce dont on ne sait rien

Sachez que la beauté du monde….

mars 27th, 2011 § Laisser un commentaire

http://www.flickr.com/photos/eyedeaz/5560688921/

Sachez que la beauté du monde ne vient pas des grands gestes, ni de l’humilité des prières. Elle vient du simple, de ce retrait du grand, elle se fait dans l’ombre du triomphe et du rien. Dans cet horizon inattendu d’un entre deux. Dans le renoncement.

 Les héros brulent dans des combats trop durs, et les boutiquiers périssent dans l’infection des étroitesses. Quand les uns embrassent des mondes qui les dépassent, les autres étouffent dans des sacs trop étroits. La beauté du monde ne sent à l’aise ni dans l’un, ni dans l’autre. Elle se sent bien quand elle s’en retire. Arrachée de la coque, de la nymphe, les ailes au froid du vent qui sèchent pour battre le ciel et voguer d’une rive à l’autre, d’un promontoire à une chaire. Des victoires aux balcons des forêts. Elle se sent bien en haut.

La beauté du monde se réfugie dans un couloir, un escalier au cœur de la médina, dans ces rues d’ombres et de soleil, dans la géométrie des lacis et des treillis. Elle ne se montre pas sur la sqala, dans le scandale de la brise, le fouet de l’écume, sur les canons dressés dans les créneaux de la muraille. Ni même en bas où à marée basse les gamins se précipitent pour traquer le poulpe, glaner les ormeaux, les pieds de biche, des oursins. Elle se fait dans la lumière, les tamaris, les hortensias, des fougères, le laurier et des palmiers. Les géraniums en frondaisons de fenêtres, dans l’air salé pousse le printemps. La beauté ne parle pas, mais se dépose au soir, quand le soleil las s’abandonne aux nuées jouant dans sa douleur des ors et des cuivres sur les cobalts et les outremers de la marée. La beauté se fait au front du monde un art de lumière.

Sa simplicité est de ne rien demander, juste s’étendre dans l’espace d’un golfe et donner au regard l’étendue de son spectacle. Le simple est ce qui se donne d’un allant, d’une évidence, glorieuse, envahissante, il est une marée qui emporte la rivière à rebours, un mascaret. Le simple est la loi, et le renoncement, et cette ligne pure qui court à la découpe de l’horizon. L’espoir.

Sachez que la beauté vient d’une marche sur la grève, et d’un regard sur le monde. Elle ne s’obsède pas de dieux, ni ne proteste. Elle vient dans le moment où le monde se reflète dans nos yeux, inonde nos retraites d’un sourire capiteux. Qu’une joie gonfle la poitrine, est plus qu’un signe, la beauté du monde est un fluide puissant, qui prend la gorge et le ventre, c’est un vent d’ouest qui caresse le piedmont. Alors la joie est au-delà du vent, elle court.

Le rien de flaque, de sable, des matins frais et de l’eau froide, jusqu’au Fort Portugais, à déchirer la gorge dans des sprints cocasses. Se rouler et braver le picotement des grains fouettés par la brise. Arriver à midi dans ce rien de sable, de vent, de mer, et de soleil. Ce point loin de la vue où regardant au sud, nous ne voyons que l’horizon stupéfait, ce royaume balayé par l’alizé. La beauté est une ascèse, une épure. Sur l’ile les faucons s’élèvent. Un sardinier rentre dans un sillage de mouettes.

A midi revenir à contre vent, faisant des ailes du moindre tissu, remonter dans le soleil qui se lève la route du phare à la citadelle. Et veiller sur le toit du garage, aveuglé par la chaux, à ce soir qui se tend dans la blancheur des après-midi. Je me souviens qu’après la sieste, venait l’aigre appel à la prière. Nous nous froissions de plis au soir, cherchant une dernière course au marché de l’étoile. Il y avait cette foule en djellaba qui faisait au vent une sourde résistance.

C’était ensuite la nuit, l’apéritif, avant de dormir dans les craquements de la maison, dans des draps humides, et la mémoire d’une brève histoire. Je lisais, les livres comme des radeaux étaient nombreux dans la maison du naufrage. La beauté du monde s’endort dans les lignes des livres, elle s’y disperse comme les trains traversent la nuit. Un chien aboyait, ce pouvait être un chacal. Et des mouettes étincelaient le ciel, les étoiles éteintes par la brume.

Renonçant à tout, je m’endormais, petit garçon, entre le vent, les djouns, le vide du monde et son murmure, dans les histoires des parents, ces histoires de la rue, celle des montagnes, des livres, et cette idée que nous ne garderons rien, juste l’idée qu’un soir modeste rejoint le tout. Je n’avais pas de carnets et j’enfichais dans mon âme des images uniques.

Que la mémoire est une beauté du monde, cet entre-deux du monde qui s’offre à nous et celui qu’on a quitté. Dans la simple découverte que le monde est à nous. Nous sommes de vieux enfants, qui rodons dans les rochers, surveillant la marée et veillant au soleil. Entre les doigts des coquillages, un riz au feu doux, du vin. Au simple de midi, prendre la beauté du monde. Elle est  une affaire d’hospitalité.

Et que nous serions seuls nous saurions comment traverser les rayons du monde pour transmettre cette idée,  que le simple du monde reste cette beauté que sans raison et sans dieu nous pouvons célébrer. La beauté est là, cela suffit.

Où suis-je ?

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