La naissance des routes

juin 30th, 2011 § Laisser un commentaire

J’aurais d’un pas très lent traversé le monde
Ne pas y revenir
Mais je l’ai traversé à de multiples reprises

Je n’aurais pas traversé tout le monde
Mais mis dans mes traces des pas
Répétés

Cela fait une piste

Et de ce monde qui désormais est habitude
Quand il était surprise
Je dis la joie

Poser le pied
Dans l’empreinte des souvenirs
Et creuser un chemin

Et que croyez vous du monde ?
Qu’autre chose qu’on désire en soit le maitre ?

Les mondes qui se rejoignent rêvent des mêmes marques,
Et le sentier s’y fond
Les herbes écrasées par des animaux perdus
Qui posent leurs ongles
Sur le sol déjà foulé
Remâchant les parcours

Je dis la joie du monde
Qui ne vient pas de traversées folles
De corps jetés à travers le maquis

Désirant ce que l’on reconnaît
On creuse dans l’exubérance
Les formes même du monde

Les forêts deviennent des jardins
A la force de nos pas
Des cathédrales se montent sans imagination

J’aurais d’un pas très lent traversé le monde
Je n’aurais pas traversé tout le monde
Mais le monde à mes pas s’est transformé

Nous sommes des bergers,
Et nos chèvres en dessinent les routes

Rayon vert

mai 24th, 2011 § Laisser un commentaire

Il me frappe depuis l’enfance, je suis un de ceux qui ont lu tout Jules Verne – J’aurais aussi lu Tout l’Univers. J’ai été élevé dans une morale scientiste, j’avoue que je l’ai choisie. Le rayon vert était une de ces promesses qui s’oublient vite. Un de des miracles dans les romans d’aventures.

Les années viennent, je le découvre un jour de printemps avec deux amis. Cet éclat miraculeux, la promesse est venue. Ce soir je viens au bord de la falaise, ma fille a dix-huit ans et cligne de l’œil au dessus de l’horizon. La physique rejoint la magie. Une seconde fois n’est plus un miracle. Plus qu’une illumination le rayon vert est un passeport.

Une tâche émeraude, l’instant d’une seconde ou deux. J’ai dit : ahh. Rien de plus, léger et subjugué, La magie de l’optique rejoint celle du cœur. Un point unique, comme le sont les pierres dans le hasard des pressions et des chaleurs, un cristal suspendu à l’horizon, cette verte lueur que la littérature et le cinéma ont longuement préparé.

Les mers ici au coucher du soleil marient le titane et la forge, des écailles de géant, le rougeoiement des hauts fourneaux, et le bleu irisant du métal bleui. Le ventre noir des vagues se tend sur ce tapis et l’écume qui se vide précipite les couleurs dans un bouillon doré. Nos brasses dans les ombres sont des danses d’alchimistes.

Cet éclat dans le haut des chemins, juste assis sur une bordure de pierre. Ce rayon qui efface la baie, et le corps qui est là, d’un seul coup léger, une pierre ponce, une communion. Les villes de pirates aiment sur leurs épaules des couvertures de laine, mais rien d’autre qu’elles ne préfèrent que de se coincer dans un angle de pierre et regarder l’horizon. On y sait les miracles qui peuvent en surgir.

Aucune ville n’est une ville si elle ne possède une falaise, un observatoire, une tourelle. Aucune vie ne vit sans rayon vert. Ce signe ultime à l’extrême horizon.

Ma fille bât des ailes. Je ne crains pas son envol. Je lui espère de voir le rayon vert et voir que les miracles se rendent sans raison, se donnent à qui ceux qui écoutent, illuminent sans prévenir.

Où suis-je ?

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