La parole des livres
octobre 26th, 2011 § 1 Commentaire
La voix, le chant
Pourquoi la mélopée, la mélodie, un rythme donné à la parole?
Une force qu’aucun écrit n’atteint
Ce corps prolongé à travers l’air et la pierre
Que manque-t-il au langage pour atteindre l’immédiat de la beauté?
Nos langues sont-elles si faibles qu’il leur faille des flûtes et des tambours pour vibrer à l’unisson
Et mouvoir les corps sur la caresse des ondes ?
Nos paroles sont-elles si faibles qu’elles nécessitent ces expédients
La poésie n’est elle que le squelette du théâtre?
Ce que nous savons dire pour être entendu ne se suffit pas des mots
Au-delà du récit, il y a une scène, une arène, des échos
C’est en jouant l’histoire qu’elle nous atteint
Les mots sont bien abstraits
Pour nos âmes qui veulent danser
La grisaille des bibliothèques
Leur morne fadeur
Ces poussières endormies
Qu’éveillent les vers des livres
Se plaisent-ils aux lectures silencieuses?
Ces volumes alignés dans les catacombes
Ne rêvent-ils pas de glottes tremblantes et
De joues explosives
De poitrines brulantes
D’échos graves et
De mains qui battent
De pieds impatients?
Amy Winehouse – Je ne suis pas bien
juillet 23rd, 2011 § 2 Commentaires
A l’ordinaire des morts c’est ajouté ceux du 22 juillet 2011. La folie meurtrière d’un fonda-mentaliste ? Cette idée de l’action et de la force qui vaut autant que la couardise de 100 000. Ce fût son dernier twit.
Et ce lendemain celle d’une artiste, Amy Winehouse, qui ajoute sa tombe à la série des maudits : Hendrix, Morisson, Joplin, Curtis, Cobain, … Ces écorchés vifs, ces décrochés de vie, de l’art, brûlés de se rendre à un autre que soi-même, ne trouvant de repos que dans l’ivresse. Se foudroyant d’excès quand pulsions de vie et de mort se confondent si intimement que toute limite est dépassée.
Mais peut -être est-ce dans une image que se forge le lien et la peine. Ici sa voix est dans sa vérité, la chanson vit sur son visage, elle est fragile et géniale, on a ce désir paternel de la protéger, d’où vient-il ? Elle est belle, sa peau frisonne d’émotion, et elle maintient le fil de cette histoire sans beau rôle. Ce n’est pas une diva, un enfant dans un monde de voix et de guitare électrique, un personnage donné à la voracité de la société du spectacle. Rock ‘n Roll, puisque justement né pour bruler la jeunesse. Punk pour tout bruler. Et cet air de Northern Soul car elle est britannique.
Une chanson d’elle, c’est à l’économie qu’elle la chante la mieux :
Le Rock c’est d’avouer que produire est un plaisir. L’herbe est au jazz, l’héroïne au rock, l’extasy à la techno, l’alcool de la salsa, la house est cocaine, « It is really good to be high to be honnest», l’aveu vaut tous les miracles :
La culture populaire demande aussi ses tragédies. Si elle répugne à la corrida, les faiblesse, les douleurs, la mort de ses idoles fait partie du spectacle. La culture de consommation doit faire mourir ses objets pour se renouveler. Une étoile fugace dans un ciel soul, un chant gracile suspendu à l’émotion. La beauté du cri vient-elle de ce qu’il va mourir ? Est-il une vérité si l’enjeu de la vie n’est pas joué ? La culture populaire aime les tragiques, ces grands tombés, les génies fous, les talents interrompus, les amours impossibles. Les limites du monde sont de hautes falaises, nos artistes des funambules qui parcourent leurs espaces, leur pas courants sur des fils.
Le héros trébuchant si proche de nous par l’erreur, si loin par le talent. Au Grammy’s célébrée elle rend les honneurs, elle est quasiment black:
Plus au nord, c’est la lignée de Aum, pas de sacrifice mais le massacre, une négation de la vie qui trouve son cimetière non pas dans ses propres douleurs, mais dans le mépris du monde. Une belle étoile s’est éteinte, sa disparition me touche. La haut c’est un massacre. Les morts n’ont pas la même voix. Il y a le froid, l’absence, cette idée que rien ne rend tranquille.
On ne peut pas préférer les morts. La disparition de cette jeune femme, qui a chanté plus que cette chanson, me touche. Nous aurons passer le siècle et la mort romantique peut toujours surgir des écrans. Nous aurons passé le siècle, et la mort peut venir des idées. Certains meurent de trop vivre, d’autres de ne pas assez vivre. Il est des morts aimantes et d’autres glaçantes. Celle d’Amy est touchante.
