J’aurais un bruit deviné

mars 13th, 2011 § 1 Commentaire

J’aurais un bruit deviné

dans la nuit

Un éclat de silence

effrangé

Un rien qui ne pouvait

venir

Une fissure au plafond

des étoiles

J’aurais écouté toutes les nuits

Pour entendre ce qui ne s’est pas reproduit

Etait-ce une faille de l’âme ?

Un craquement de la coupole?

Au matin ne restait que le doute

Les orages du monde

février 15th, 2011 § Laisser un commentaire

L’orage du monde gronde

Au milieu de l’hivers

Qui tremble?

Au sud sur les pentes, l’orge

Pousse sa toison verte

La vie

La grêle frappe les roseaux

Et se répand en eaux

Au sol

Aucun coup ne meurtrit

Le printemps précoce

Grandit

Des voix, enfin des voix

Entament le silence

Ce cri!

Un monde tremble à nouveau

Nous le pensions endormi

Il marche

Il parle, éructe, rugit

Pense sans souci

Ah liberté

L’orage du monde tonne

Pieds nus

Seigneur

La vague du monde déferle

Et se réjouit

Beauté

En fièvre sont les hommes, les femmes

Sans honte de leurs pas

Fierté

Ah que faible sous l’orage

Il est bon de marcher

Enfin la volonté

Une voix, un désir

Etre

Désirer

Et la peur comme le brouillard au matin

Se fond à la falaise

Le soleil dissipe

A midi

Les cendres de la veille

Venir, venir enfin

Le jour d’un regard clair

Le visage ouvert

Le sourire généreux

Une joie

L’orage du monde

En averses menaçantes

Coule entre les doigts de pieds

Rien n’empêche de marcher

La brume se dissipe

mai 17th, 2008 § Laisser un commentaire

Nous vieillissons, et nous nous demandons comment de l’enfance nous en venons à avoir peur de mourir, et que nos sanglots ne soient plus ceux de la déception  mais  ceux  du regret et de la peur. Nous mourons à petit feu, il vaudrait  mieux dire à petite eau. Cette bruine qui nous morfond, la tristesse de beaux jours qui ne reviendront pas, ces grisailles d’un jour qu’on répète sans les enfouir  dans  la splendeur de passés glorieux.

Et l’on oublie l’enfance, cette brume qui se dissipe à l’avancée de nos pas, et le soleil brillant qui nous accueille à la descente d’un bus qu’on a pris dans les ombres du matin, ce printemps fleuri qui éclos de nos réveils obscurcis. Souvenons-nous de ces trajets livides, le ventre nourri d’un vague café au lait, la violence qui nous arrachait au duvet du lit, l’attente dans le froid d’un transport déglingué, et ce jour plein d’espoir qu’on ne comprenait pas, qui évanouissait les langueurs nocturnes, et faisait claquer les fouets d’une vie à venir dont nous ne devinions ni la discipline ni les promesses.

Cette torture pourtant, jour après jour, délitait le brouillard matinal, révélant qu’à l’aurore le monde peut étinceler plus qu’en plein midi. L’école a dessillé nos yeux comme une brise de mer défait la nébulosité. Elle rend le grain et le contraste jusqu’à l’éblouissement, effaçant la poésie des ombres et du secret.

Mais aucun jour ne fût vraiment glorieux, des jours de corvées, même si la buée sur les vitres et la blancheur des cerisiers donnait ce jour de concours de diction l’allégresse d’une vie sans douleur. Nous ne voyions pas que dans les classes enrubannées et les cours pétulantes, la grisaille des jours à venir se tenait dans la barbichette du maître, et le chignon d’une maîtresse. Ceux qui nous écoutaient étaient déjà été vieux, et déjà se confondaient aux embruns de la vieillesse. Ils se levaient tôt et l’esprit clair, le jour à venir se chargeant de l’obscurcir.

Nous avons brassé le ciel de mille vents, et dissipé toute les brumes, la moindre crête au loin se découpe si claire qu’elle sépare la terre du ciel, comme l’eau du feu, dessinant des certitudes si fortes qu’aucun refus ne réfugie nos doutes. Ne nous étonnons pas que dans l’azur glacé se lèvent de lourds nuages qui inondent nos espoirs d’une pluie continue.

La nudité des jours  a levé l’orage de nos désespérances. Sous le préau nous regardions la pluie tomber, des cordes insensibles, les boues qui dévalent les chemins d’une enfance aussi douce que la buée sur le miroir du matin.

Nous attendrons la nuit et ses brouillards profonds pour mourir tranquille au coin d’un bois silencieux, les yeux blessés par un jour cruel,  éreinté par une pluie battante, pantelant dans le silence d’un jour agoni  et les vapeur du sous-bois. Entre les fougères et un nid de cèpes, dans le fusain de nos premiers amours, ce que nous avons appris ne sert à rien. Et s’il nous reste de la force, les yeux fermés nous embrasserons une forme de feuille, le creux d’une racine, l’ombre douce d’un talus. L’éclat du jour est loin, un cerf brame, et le loup veille.  On rêve à ces matins, les vapeurs qui s’élèvent du lac à l’aube.

Attendre à la station de bus. Retrouver la foule naïve. Des matins d’école, la brume qui se dissipe, le soleil paresseux, et le morne protocole d’une journée tranquille. Le goût du café, un croissant, et se dire qu’après tout chaque jour passé n’est pas vraiment perdu.

Nous ne traçons plus sur la buée des vitres ce cœur fléché de nos amours éperdus, nous attendons le soir, et la clarté d’une lune claire, l’espoir que dans la nuit nous suspendions les jours. la brume qui se dissipe au matin nous libère des peurs pour nous livrer à une immense solitude. Nous rejoignons la nuit comme on rejoint la mort. Tirer la couverture sur nos épaules, pour se défaire de la fraicheur de la brise.

Nous laissons les conquêtes à nos souvenirs, l’obscurité à nos désirs, ils reste les ombres. Aurons-nous le courage de les deviner? De nous y envelopper?  Comme au matin de nos enfances nous nous sommes lovés dans les draps pour nous y arracher. Peut-on encore déchirer ces plis et et ces caresses, et nous jeter aux brumes d’un petit matin incertain? Je ne sais quel temps il fera demain. Et j’ignore les nuées, le jour qui brise les yeux, il pleut des torrents, et même nu je sortirais sous les trombes.

Où suis-je ?

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