Des chats et des enfants
septembre 16th, 2010 § Laisser un commentaire
L’empathie se trouve en ce que nous pouvons admettre que chez l’autre les mêmes percepts – car nous avons les mêmes yeux; les mêmes compétences – si l’on a vécu un même monde; les mêmes représentations – si on partage une même culture; une même économie du signe qui donne sens par sa répétition.
Ce commun qui varie selon l’étendue de nos proches mais laisse l’étranger partager un dénominateur commun, suffisant, pour qu’une relation s’établisse sur la base d’une comparaison, d’un rapport, d’un ratio, et étalonne en quelque marches une échelle régulière.
Cette supposition tombe quand il s’agit d’un chat.
Lorsqu’il vient se frotter sur la jambe, s’asseoir le dos tourné sur le dossier du canapé, qu’il réclame son repas, ronronne le poil dressé sous doigts enfouis dans le pelage de l’oreille. L’empathie ne se fonde pas sur une identité présumable de conscience, c’est dans l’action que le lien se forme sur le commun des conventions, et de la répétition de leur usage. Nous oublions que nous caressons les chats.
L’enfant qui joue à côté à un jeu vidéo fait la même expérience que le chat. Ce qu’il connait dans sa virtuosité à franchir les obstacles, à collecter les gains – étoiles, cœurs et fruits- et combattre les menaces, ne vient pas d’une représentation. Certainement pas la notre.
L’observateur contemplatif reste idiot au premier sens du terme. Incapable de comprendre le jeu, ni le chat, il reste dans la solitude de ce qu’il croit être une humanité. Sa solitude est celle de la conscience. L’enfant joue sans raison avec précision, une exactitude sans conscience, une maîtrise qui déjoue nos représentations.
L’espace de cet instant, la brûlure de l’alcool dans la gorge, légèrement ivre , l’hypothèse de la post-humanité lui traverse l’esprit. Est-elle celle de Volodine? Dantec? Une tentation? Cet air d’apocalypse à l’idée que nous ne pouvons connaître l’autre. Notre observateur est un abruti.
Avec les machines nous avons eu peur de ne plus être seul. Avec les chats et les enfants, il faudra avoir peur de rester à jamais seul. Si proche de l’autre, incapable de sentir et de comprendre ce qu’il éprouve. Partageant avec l’un des souvenirs et l’autre un commerce quotidien. Et nos machines en sont d’autres variétés. Nous partageons un monde que traversent différentes consciences, sans pouvoir jamais en partager l’expérience.
Sans nous pouvoir nous retirer du monde comme l’ermite, sans pouvoir s’y fondre comme l’artiste, nous restons des errants. Nous nous croisons sans nous toucher. Les chats, les enfants, et nous.
Les trois animaux
septembre 30th, 2004 § Laisser un commentaire
Il est trois sortes d’animaux
Le chat dans l’action et le silence la veille et l’attaque
Sans penser il est intelligence.
L’escargot qui erre sans but apparent
Rongeant les feuilles au hasard d’une route de salive
Se réfractant à toute pensée.
Le singe enfin qui n’agit qu’après un sourire ironique
Ricanant des gestes inutiles
Epouillant son semblable,
Il pense un monde futile.