La bastonnade de Judas (Malhaçao do Judas)

avril 7th, 2012 Commentaires Fermés

Nous sommes à deux jours de Pâques et c’est au Brésil, à midi, celui de la Mallhaçao de judas. Ce jour là on bat un mannequin bourré de paille, on le dresse au sommet d’un mat en pau de cebô et on le brule. les garçons les plus vifs grimpent au mat pour un dernier crachat.

Ah vous reconnaissez monsieur Carnaval. Au brésil on ne brûle pas de monsieur Carnaval. On brule le maudit, Judas Iskariotte, on le charge de toutes les malédictions, les mauvaise idées, les angoisses, la rage. La bastonnade de Judas. On ne brule pas Monsieur Carnaval à Carnaval, on attend la fin du carême, avant pâques, deux jour avant pour le battre, Judas le traitre.

Il faut se souvenir que l’église a longtemps considéré judas comme un traitre, pire un damné. Au deuxième jour. Deux jours avant. C’est cette vieille théologie qui est arrivée sur les terres de l’Amérique du sud il y a longtemps. Et ce damné on peut le battre comme aucun humain ne peut être battu. Par les enfant, par les adultes.

La bastonnade de Judas reste vivante, populaire, un rituel de garçon qui abattent leurs bâtons sur le corps de paille. Ce Judas ne rent pas part au carnaval. Pourtant, en Europe, souvent la même forme du rite substitue Judas à carnaval. On bât et on brûle un bonhomme qui concentre toutes nos aigreurs et nos violence. Cette dissociation est-elle le fait de l’Europe, qui avant d’exporter aux Amériques ce rituel qui  marque l’anti-judaisme profond de l’Europe et qui  nourrit ses profonds anti-sémitismes ? Est-elle le fait de la terre du brésil ? La haine du juif s’y serait continuée dans l’abstraction d’un rite sacrificiel oubliant les raisons de l’histoire.

Il y a là une question anthropologique qui permettrait de comprendre que ce qui ferait scandale  ici peut s’en tenir tranquillement dans les rues poussiéreuses du Nordeste brésilien et de ses autres Etats, à une forme simple de bouc émissaire, une forme simple de sacrifice. Un rituel élémentaire qui prends son sens dans la violence et le sacré. Une affaire d’homme à en croire les images.

Nous ne savons pas ce qu’est pâques, les œufs, des lapins, des agneaux de lait. L.es cloches qui nous réunissent ne disent rien des jours d’avant, nous poursuivons pourtant des jours d’avant sur les chemins qui nous réunissent à table. Un agneau sacrifié. Une chose à ériger.

Les cultures grandissent dans la séparation, l’isolement. Celles qui doivent refuser ce qui leur rappelle l’horreur de leur constitution, d’autres  peuvent les maintenir dans l’idiotie de leur expression. Un cœur de nos idées a pris forme ailleurs. Battant un corps de paille nous faisons le monde dans le creuset de nos haines. Elles se dissolvent dans l’abstraction des coups frappés sur un mannequin. Elles disent une histoire que nous enfouissons sous son horreur.

La modernité du monde se maintient dans le sacrifice, sans Judas nous n’existerions pas, nous n’aurions ni conscience, ni savoir. Nous ne pourrions dresser des mats qui excusent nos immoralités, et nous exigent de s’y fier.

Jusqu’à ce que la batterie meure

mars 23rd, 2011 § 1 Commentaire

Jusqu’à ce que la batterie meure
Je serais avec toi
Sais-tu que le miracle des distances abolies
Ce dé qui reste au tapis
Ne dépend que d’une pile ?

Je ne cours pas les montagnes
Et si parfois je glisse sur une vague
C’est un miracle de rencontrer encore
La pierre, l’eau, le feu et l’air du monde
Nous vivons dans les ondes,
Un téléphone,

Ce miracle que la vie
Arrache au monde
Reprenant dans sa main l’intime des matières
Elle ne tient qu’à la charge
Bien trop courte, bien trop faible
Pour durer une vie
Et ainsi sont fait nos vies

Préserver nos machines
Leur redonner le souffle
Juste trouver une prise
J’aurais mon amour franchi les océans
Et m’échappant à l’histoire
Surgit où rien n’était possible

Mes mots parcourent le monde pourvu qu’on les lise
Et ce miracle tient dans l’heure
Dans l’acide et le plomb
Des métaux rares, des gels toxiques
Le sang de nos machines étranges
Je rêve de graver dans le cristal
La portée de nos mots
L’éternité ne tient
Que dans la faculté de nourrir nos engins

Et s’il fallait toujours
Maintenir le rêve comme un ballon en haut
Il faudra décider de garder au coin de la maison
Une dynamo et un vélo
Pour pédaler toujours dans le ciel.

Mocidade 2011 SP

mars 7th, 2011 § 1 Commentaire

Qu’est-ce qui donne de l’ordre à une foule : une poésie, un chant, une musique. Une chanson. Principe premier, saisissant, qui retient chacun dans le foyer d’une dévotion. Le commun n’est une chanson.

Apprise et répétée, en mille interprétation, et pour chaque section des rythmes et des pas. C’est d’abord une communion. L’extase dans la répétition, un carroussel des illusions, vertige intelligent qui met l’art avant l’ivresse.La foule suspendue entre la fièvre et la raison. Un texte murement réfléchi par l’école et ses poètes, une musique choisie de dimanche en dimanche, et ils sont en pieds, prêts à défiler. Et l’ordre des sections. C’est une composition. La vertu des mots suffit à organiser la parade des merveilles. Sambent les imaginaires.

C’est là, avant de défiler vraiment, qu’ils préparent leur triomphe.

Que le triomphe ne soit pas, il reste la gloire. Cet étonnement de la foule qui regarde la foule, les plumes, les strass, la sueur qui nimbe les phares. Des costumes trop lourds, un char qui tombe.  Ce suspend de la bateria qui ne supend le chant. L’émotion, des larmes qui s’évapore sous flashs et les lampes de la télévision.

C’est ici que des mois avant on prépare:

Pour ce final….Attendons rien n’est décidé. Et c’est globo qui capture les images. Demain le jury scelle le sort. Il restera l’Art, même quand un détail en ote la perfection. Quelle image rendra l’émotion. Regardons celà, l’ordre des poètes et celui de Mestre sombra.

http://video.globo.com/Portal/videos/cda/player/player.swf

Aganju

octobre 10th, 2010 § Laisser un commentaire

ILE OPO AGANJUComment sommes-nous marqués par les images?

Dans leur multitude en choisir une qui soit attachée de manière très intime et assez allégorique pour que nous lui prêtions qu’un mythe nous pénètre. Les images sont nombreuses, mais les attributs qui incarnent les héros sont rares.

Il peut s’agir d’un prénom. Christophe. Ce saint de Lycie qui fît franchir le fleuve à un Christ enfant. Ce pont humain. Drôle de figure quand on contemple les vagues. Le regard fixé sur cette fin de l’onde, sur les plis et surplis des limites.

Calculer l’angle au repère de l’horizon. Les mots jettent leur portée par delà le ciel. C’est un pont aérien. Face à l’océan il n’y a pas d’autre rivage pour que s’y jette la travée. Pourquoi le monde pèse-t-il plus quand on le franchit?

Que le corps avec l’age épaississe et il entre dans celui d’un géant, aux épaules si fortes qu’elles portent le poids du monde en plus de celui de l’enfant, à chaque pas plus lourd. Ce n’est pas l’espace qui pèse mais l’histoire. Qu’après l’épreuve des fruits jaillissent de son bâton donne l’idée que les ponts plus que traverser le fleuve ensemencent ses rives. C’est la vie qu’il transborde.

Je porte dans cette image, comme le destin dans une main de tarot, une idée de l’amour qui plus qu’une confusion est ce pas assuré dans le tumulte des courants, un bâton planté dans le trou des rapides, la marche obstinée vers l’autre rive, un passage à pied. Atteindre enfin la berge, et s’y effondrer de fatigue.

Les ponts viendront plus tard, quand allant et venant, les habitants des rives porteront des pierres en travers des flots, suspendant sur des piles; une voix et un commerce. Pour bâtir des ponts, il faut d’abord traverser des frontières. L’eau glacée qui bouillonne dans les reins, avancer, marquer, préparer, lutter. Des perches posée au tiers de la cataractes, pour signaler les piles à édifier. Les ponts ne sont qu’une idée. A travers l’atlantique.

Ce saint porteur et transporteur se transporte dans le corps d’Aganju le navigateur, celui qui connait les passes, le dieu des grottes, un volcan qui parcoure le désert, la force régénératrice qui retourne le monde en le traversant. N’est-il pas le dieu de l’espace aussi? Par delà l’océan. S’il n’a pu franchir d’un pas, au moins a-t-il pu se dédoubler.

Les saints et les orixas, double visage d’une même figure à la force accablée, à la vitalité inaltérable, à la nécessaire modestie de ce qui ne permet que des possibles.

Malandro

octobre 1st, 2010 § Laisser un commentaire

zepilintra
C’est son sourire qui flotte, quand à l’hôtel où il vit, les fusillades ont réglé les comptes. Il est sorti avant qu’arrivent les tueurs, et sur la piste invite des dames poudrées et frétillantes. Il ne sait où il va dormir ce soir. Il danse par plaisir et par profession. Comment savoir demain? On verra bien.

Ce malandrin, malin. Dans la rue peu d’issues, glisser d’une affaire à une autre, se sortir des risques, corrompre le commissaire, et les fleurs au veston saluer les bourgeoises et féliciter les élus, il va de l’un à l’autre, une bise, un serrement de main, il triomphe et encourage pour filer sans rien dire dans le pli des coulisses. Il va de place en place, connu et pourchassé, une musique au cul, un frisson dans la jambe. S’en sortir dans l’impossible est son pain quotidien.

On l’imagine dans les ruelles, les femmes aux trousses, les flics aux croisements, sauter d’un toit à l’autre, et dans le coin d’une ombre trouver une sortie. Le malin connait toutes les issues, il perd en gagnant, et ne perd jamais, il ne fait que se sauver. Il joue, et perd des fortune au tapis de la vie. Toujours se retourne, la main qui vole et le coeur qui bénit. C’est un sauvage des villes.

Il a le cœur des amis, et porte la trahison au revers du veston. Ses jambes sambent et son cœur sautille, ses baisers brulants se glacent dans la fuite. Il tire un chapeau qu’il perd en se sauvant. La rue, la rue, le tente et le maudit. Sur les avenues il rayonne, avec ses habits de prix. C’est dans les courtines qu’il trouve le repos. Une logeuse attendrie qui efface l’ardoise de ses loyers.

Il boit sans fin, l’or de la cachaça, et l’argent de la coca. Les lumières dans les ruelles sombres ont l’éclat des glaces antarctiques, scintillent, son ivresse lui donne des vertiges lucides. Il pleure dans des chambres de bonnes, le visage noyé dans des cuisses noires. Ses amours très tendres aux festons de la nuit bercent des désirs brutaux. Il se ruine la vie dans le sein des femmes, et des caresses humides. Il laisse ses enfants grandir dans la poitrine de ces femmes d’une nuit.

Il fascine des ministres, enthousiasme les seigneurs de guerre, il patronne les bars et induisant de belles affaires, s’en échappe aussitôt. Cet humble qui brille n’est pas bête. Les victoires sont des illusions, et il ne connait rien d’autre que le triomphe d’un instant. L’oeil triste qui s’accroche aux miroirs, au fond il rêve d’un cours accroché aux moros, une terrasse pauvre, l’embrassade d’un mère morte trop jeune. Il est pauvre toujours même quand une mer de billet lui traverse les doigts.

D’un coup de rein il ressurgit sur la scène des ivresses. Il sambe, il glisse, malin, chaque jour demain gagner plus pour perdre après-demain. Un génie incertain. Et s’il ne gagne rien, au moins il sera nourrit de l’amour.

Ainsi est le malandrin, ce rien qu’aime un peuple. Ce rien qu’aime une nation. Habitant les chansons, le théatre, le cinéma, il ponctue le désir, et plonge dans l’histoire des couteaux d’émotions. Ce malin, il ricane, et goberge, il blague quand la mort passe son bras sur ses épaules. Il s’en débarrasse comme on jette une écharpe. Ses bras enlacent, et ses pieds martèlent le parquet. Il se redresse indiffèrent, regardant d’un oeil triste le sourcil épais de ses assassins. Et dans le fût du canon il cherche l’écart d’un dernier bond.

Il trinque à la vie dans les bars du peuple, pique des portefeuilles, et son surin se plante froidement dans la chair de ses ennemis. Il rêve d’amours pures et sait que ses triomphes ont le goût du sang, ce malin n’échappe ni à la mort ni à l’amour.

Où suis-je ?

You are currently browsing entries tagged with Brésil at D'un Monde à l'Autre.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 33 followers