Ciels bleus

mai 30th, 2012 § Laisser un commentaire

Ah le ciel !

 

J’en ai rêvé de ciels bleus

Plus inquiets par les azurs immaculés

Que les bleus du printemps

Où naviguent des vaisseaux blancs

A l’étrave plate et aux voilures bombées

Et croisent lentement au dessus des champs

 

Et de ciel nous en avons ses couleurs

Ce derrière des machines

Où étincelle dans la nuit

L’éclat de nos pensée

 

J’aurais rêvé de Zeppelin

Pour dériver dans les vols des cigognes

Et je tapote un clavier

j’effleure des miroirs

Pour m’envoler dans un ciel noir

des ailleurs

 

Les dieux gambergeaient au delà

du cercle des nuages

Nous devinions leur étreintes

dans les pics masqués par la brume

 

Cet Olympe si loin

était assez proche

A distance d’une marche longue et éprouvante

Nous la choisissions bornée d’épreuves

de combats et de ruses

d’énigmes et de défi

 

Il est un jour où les dieux se sont absentés

Des héros faméliques

Prophètes aux yeux exorbités

Nous ont annoncé

Que les dieux étaient un

 

Nous pûmes alors regarder

cette céleste bleuté

Et n’y voyant rien

Deviner

Un au-delà

 

Nous avons construits des télescopes

et franchissant le bleu

nous accédions à de nouveaux tourbillons

 

De dieux il ne reste plus rien

que l’orbite régulière des astres

 

Nous crûmes que les dieux se sont fondus

aux orbites de la mathématique

 

Le ciel était un livre

Où les étoiles dessinaient des équations

Ces dieux que nous ne pouvions voir

au moins nous les lisions

 

Ah le ciel

Et ses nuées pluvieuses

J’aurais aimé d’un coup de pédale

sur mon vélo céleste

pouvoir le parcourir

Et visitant les étoiles

Disserter avec celui qui les a semées

 

J’aurais aimé croisé le triangle des oies

Faire des looping avec les étourneaux

Suivre les aigles

Dans leurs perplexes elipses.

 

Jonglant entre la grêle et les éclairs

Glisser entre les orages

Dans l’oeil des cyclones

 

A l’abri enfin parler

A cet architecte qui ne s’est pas suffit de géométrie

Mais voulait jouer avec le chaos

Une autre écriture dans les lettres du monde

 

 

Ma bicyclette a résisté à toutes les tempêtes

J’ai pédalé comme un fou

décollé les cols du firmament

 

Les dieux sont absents

Et le géomètre n’a construit aucune cathédrale

 

J’entend aujourd’hui dans la ville

un clapot, ce bruissement

Les voix qui se dissippent dans les nuages

 

Des fibres, des brins, un cocon, une chrysalide

Une pelote de laine, des cordes entremêlées

un filet jeté au rivage

Invisible,

Sombre,

Une gorgone

Un rideau déchiré

Des câbles dans la ville

Un ciel enterré

dont un fil, un seul

tranche le ciel de mon écran

 

Aucun dieu n’illumine ce ciel

il crépite pourtant

sur cet écran étroit

 

Les dieux manquent et désormais

la multitude

de nos semblables

bruit dans l’écho

 

Je n’en connais aucun

 

Mon ciel est une lumière bleue dans un chambre noire

L’éclat livide

d’une machine fatiguée

 

La nuée a obscurci le ciel

Un nuage fibreux

Un azur ouaté

Des perles de pluies

 

Les livres n’ont pas été écrits par les dieux

Ils s’écrivent chaque jour

Dans le sillage des roues de vélo

Sur le pavé luisant

 

….

 

 

Le post-modernisme en littérature

mai 19th, 2012 § Laisser un commentaire

Voici une idée qui a un nom mais peu de substance. Il aura fallût une discussion familiale autour de Steinbeck, de Pessoa et de James Joyce pour en élaborer une idée plus précise. Disons du premier qu’à faire d’un idiot le sujet et le receptacle du monde c’était démontrer que la raison n’était pas une idée nécessaire à la modernité. Le sujet ne se tient pas dans l’intelligence mais dans cette seule capacité à se rendre compte du monde et que cette capacité suffit à penser le monde bien différemment d’une adéquation de la mesure et de sa perception. A Joyce nous reconnaitrons que les grand récits peuvent se tenir dans l’étroitesse d’un verre et d’une déambulation, il aura rompu le lien de la raison aux cartes, Humbolt ou Darwin n’avaient pas besoin de voyager beaucoup pour être moderne. Reconnaissons lui un certain sens de l’économie. La modernité n’a pas besoin du romantisme. Quant à Pessoa, dans le registre de l’odyssée, oui il a reconnu cette épisode qui fait que personne puisse être le monde, le sujet de l’histoire peut disparaître, le monde se poursuit, il n’est pas besoin d’en connaître le sujet. Il échappe à chacun et pour en enserrer le ventre, il faut être plusieurs.

En littérature est-il possible d’être moderne et de l’être encore après ? On a fait des essais, des jeux de langage, on s’est épuisé à écrire sans e, à vouvoyez pour éviter un je. Des jeux de langage mais peu de littérature. Peu à dire du monde dans une forme nouvelle qui associe au monde la force d’une expression. La modernité s’est étouffée dans le jeu de ses méthodes, elle n’a pas produit cette révolution d’un usage de la langue qui rencontre le flux d’une nouvelle société. La littérature reste romantique, le récit en reste son horizon. Seuls les jeux oulipiens auraient pu en donner de nouvelles perspectives. Ils restent des jeux formels, d’absurdes jeux de mots, des classicismes. Le moderne s’y fond dans des détails de langues. La non-fiction est un abandon, l’auto-fiction un onanisme.

Mais ne soyons pas si sévère, le formalisme a l’avantage de dissoudre le sujet, plus tard le cut-up et avant les surréalistes, ont contribué à cet effort post-moderne de retirer à la langue l’autorité d’un sujet. Amères tentatives qui se heurtaient à ce fait de littérature qu’il n’est pas de texte suffisant sans lecteur qui s’y passionne. Les formalismes étaient des œuvres de laboratoires, leurs inachèvements viennent de n’avoir pas de lecteurs. Au-delà, des auteurs malheureux ont cru qu’un nombril suffisait à faire un monde. Il restait à quelqu’uns de poursuivre ce vieux projet  qu’écrire est d’emmener un lecteur au-delà, dans des pays encore peu visités, mais ces périples ont perdu beaucoup d’éclats.

Aujourd’hui la langue et l’histoire se battissent ailleurs. Sans sujet et des objets flottants, dans ce texte qui se fait dans les forums, les sites sociaux, dans cette succession de paroles enchainées. Dans le fleuve et le gravier.  Espérons que les singes s’agitent assez fort sur leur clavier pour qu’un texte fort y surnage. Le post-modernisme de la littérature, et celui du monde, se fera certainement avec les physalies de la textomanie.

Je n’en connais encore aucune œuvre, mais je ne doute pas que de l’abondance de ses profusions jaillira un texte auquel une humanité à grande proportion puisse reconnaître ces qualités qui viennent de notre ancienneté, un sens de la poésie, celui du drame, et la vertu du mythe. Ce ne sera pas une chose nouvelle, les textes les plus forts se sont fait à coup de prophète, la poésie populaire est une rumination historique, la loi s’écrit dans l’ombre des assemblée et des tribunaux, nos ferveurs nationales sont au fond un travail de scribe.

Jamais autant de textes ne se sont produits. Le hasard de leur rencontre, de leur production, de leurs affinements, n’en est qu’au bord d’un balbutiement. On devine des phrases définitives qui se répandent à grande vitesse et leur cortège de commentaires, dans cette sédimentation, on devine la littérature très moderne, pétrie de subjectivité et convergeant vers des formes stables à coup de reproduction. Les millions de singes que nous sommes, tapant sur une machine à écrire mondiale, à force de frapper certainement produiront le texte magnifique que chacun médite.

Nous sommes encore modernes, cet après dont quelques uns se sont emparés, ne fait que pointer son nez. Les grandes télévisions du monde ont déjà inventé cette forme où le récit se construit à mesure de l’opinion, l’humeur du monde a déjà trouvé les lieux où elle égrene son opinion à milles voix. Ces formes s’envasent dans le flux qui s’oublie à mesure qu’il se forme, il n’y a pas encore de littérature dans le sens d’un texte limité qui se suffise dans sa forme pour résister au temps.

N’imaginons pas un livre – c’est une forme du passé-, ni une forme fixe. Juste des endroits où le flux des paroles puisse prendre cette forme si forte que le futur en fait un passé, que l’on puisse en réciter des passages, et que ses faits de gloire puissent être étudiés au collège.

La littérature s’est emparée du monde, car une proportion de plus en plus grande de ses habitant écrit. Aucun n’a plus l’ambition de faire un livre, mais tous donnent leurs mots dans les fleuves de l’écriture. Doutez-vous que dans ses méandres s’accumulent des galets merveilleux et le sable de la poésie. N’en cherchez ni les auteurs ni le récit. L’au-delà de la modernité se fait aujourd’hui, il n’est pas encore sous nos yeux. Ou presque.

Se recroquevillant dans l’esprit d’un imbécile, se fragmentant dans dans le multiple de personne, faisant de l’ordinaire l’épopée de tous, il fût quelques héros pour dire les limites de la littérature. Ils se seront mis dans la tête d’un autre, se seront retirés du monde qu’ils disent, ils auront reconstruit un monde qui n’est pas le leur, ils auront même dit  je pour un soi qui n’est pas se qu’ils sont. Ils auront joués des mots comme on joue aux dés. Les plus grands auront dit une parole qui vient d’ailleurs,  tous seront modernes. lls se seront brûlés à cette idée qu’au cœur de la littérature il est un sujet.

Mais vient cette écriture à milles voix, revient cette voix qui cite des voix inconnues, répète des paroles sans age, agglutine des mots de partout, un fleuve qui déglace et heurte ses cailloux,  une marée de mots. Des phrases qui grelottent et se réchauffent dans l’écho. Des paragraphes qui s’empoignent, articulant leurs vers dans les répétitions de la foule.

Nous devinons que les génies s’effacent et  que sur les murs de la ville se composent des poèmes dont chacun règle l’agencement. Le génie des lecteurs et celui de leurs machines fait le texte. Au delà du moderne, il est des esprits solitaires qui abandonnent la mesure des idoles. Il est que sans mesure chacun ne poursuit que le texte des autres. Aucun livre commun, mais le commun d’une bibliothèque, fut-elle tissée de fragments et de phrases plutôt que de l’écho des livres.  Des rayonnages coulent des ruisseaux, des gouttes d’eaux qui perlent, des suintements. Et dans les caves des torrents. Des égouts naissent des rivières. Aux embouchures, qui parle encore?

Ne soyons pas étonné, la littérature est toujours là, des mots pour dire le monde, sa voix est toujours forte, elle aura juste oublié ceux qui ont formé ses mots. Elle sera plus que jamais, ce qu’elle a toujours été, le fort de la langue, la puissance de l’idée, elle n’aura perdu que la reconnaissance de ceux qui la profèrent, et la retiennent, en la faisant plus la chose qu’il sont, que le bruit qu’on y entend.

Le post-modernisme en littérature n’est pas la posture, souvent acrobatique des auteurs, mais la reconnaissance par les lecteurs des mots qui donnent sens à leur position. La vague qui attaque leur rocher, le courant qui creuse leur plage, cette marée qui inonde leurs prés. Jamais autant les mots ont été prononcés, jamais autant de vers ont été psalmodiés, jamais autant de phrases n’ont caressé les hommes et les femmes debouts sur leurs iles.

La démocratie à l'age global

février 9th, 2011 § Laisser un commentaire

Nos sociétés sont complexes, pas besoin d’Edgar Morin pour le rappeler. Elle le sont car elles concernent des ensembles de population cent fois plus élevée qu’autrefois. Les nations d’aujourd’hui rassemblent des centaines de millions de personnes, nous avons vu apparaître des systèmes de communication qui en réunissent désormais des milliards. Nous sommes loin des hordes et des villages, loin d’organisations sommaires. Nous somme un monde non seulement de sujets, de citoyens, mais un monde peuplés de millions d’organisations qui peuplent tous les niveaux d’échelles.

Le complexe nait non seulement de la juxtaposition des villages ou des nations, mais de la superposition des échelles d’organisation. Il n’est plus d’affaires intérieures pourvu qu’une organisation à grande échelle soit partie prenante de la guerre au village, il n’est plus d’affaire extérieures quand les voisins appartiennent à des coalition de grande ampleur.

Nos sociétés ne sont plus multiples mais de fait une. Car ce qui fait la société n’est pas l’unicité de la communauté, l’homogéneité d’une collectivité, mais ce divers qui interagissant se constitue en un ensemble difficilement dissociable entre ses parties. La globalisation est bien ce phénomène qui fait du monde une seule société, même si elle se constitue de millions d’éléments dont les tailles, les influences, les ampleurs sont absolument inégales.

Notre société est donc complexe. Les modèles politiques n’y sont plus des objets ontologiques, juste des particularités locales. La démocratie sans être remise en cause dans ses valeurs, y prend une saveur très particulière. Serait-elle un héritage partiel d’une région partielle? Peut-elle encore être un objet de pensée qui contribue à penser l’organisation du monde. Cet société-monde ce tout-monde d’un Glissant qui viens de nous échapper?

Nous entendons au sud de la Méditérranée un grondement étonnant qui sans le dire par la voix habituelle des leaders politiques mais dans le flux de la rue, affirme au fond que la nécessité démocratique est celle des peuples qui marrient la profondeur de la tradition, la douleur de l’histoire, et l’aspiration à un mode de vie qui n’est pas la démocratie, mais celui d’une société de consommation.

C’est un visage nouveau de la démocratie dans un monde complexe qui apparaît. Ce visage n’est pas celui de la démocratie athénienne, d’un peuple réduit à ceux qui savent ou possèdent, mais celui d’une foule modeste, qui écoute le monde par les paraboles et l’internet, qui a dans le monde un membre de sa famille cherchant la réussite et l’argent. Le complexe de la société aujourd’hui se résout dans l’intimité de familles réparties à travers les continents. Les émigrations ne sont plus des exils. L’ailleurs se maintient aussi dans l’ici. L’écho du monde résonne dans les murs des villages les plus isolés.

Le visage nouveau de la démocratie ne se tient plus seulement dans l’arène politique. Il se tient aussi dans cette liberté des modes de vie, la liberté d’être l’apparence qu’on souhaite, la liberté de pouvoir acquérir les biens dans la raison de l’effort qu’on soutient.

Le monde est si complexe que la liberté politique n’est plus dans le choix d’un régime national, mais dans la liberté de jouer les règles du monde. Consommer n’est plus seulement acheter mais produire, créer, faire que ce que l’on fait produise moins des biens que des satisfactions. Les prédateurs économiques sont aujourd’hui les ennemis d’une démocratie intuitive qui affirme moins le droit de gouverner un monde incontrôlable que de gouverner sa propre vie.

Nous sommes ici au point critique de l’idée de démocratie. Elle fût cette idée que chacun des citoyen puissent discuter de la manière de conduire le monde, elle est aujourd’hui la question que chacun puisse librement diriger sa vie dans un monde dont la gouverne lui échappe.

Révolutions

janvier 30th, 2011 § Laisser un commentaire

La Tunisie a presque réussi, il lui reste à trouver le chemin tranquille d’une démocratie apaisée. L’Egypte tremble, la fièvre la prend, il est possible que des médecins efficaces en calment les bouillons. Ne faisons pas de pronostics – prions pour qu’ils triomphent. Au Yemen, ces pauvres d’entre les pauvres, l’écho d’un vaste mouvement résonne avec la clarté d’un chant. On l’entend en Jordanie, même en Syrie. Regardons de plus près les sentiments de l’Algérie, car c’est ici que se jouera profondément la révolution du monde Arabe.

 

Enfin libéré du colonialisme, enfin libéré du post-colonialisme, enfin libéré de l’islamisme. Vingt après la chute du mur du Berlin, des peuples s’ébranlent. Il n’y a plus de tiers monde, et je m’adresse aux occidentaux, aux miens. La théorie du développement est en ruine. Il n’y a qu’un monde, ce monde aspire aux mêmes choses : le confort de la consommation, la fierté d’appartenir à une communauté, le droit à chacun d’être ce qu’il est dans le savoir et la tolérance. Il n’y a jamais eu de retard ou d’avance, juste la distribution inégale d’un accès à la conscience de soi.

 

Nous ne sommes qu’un monde, même si nos habitudes diffèrent, que nos croyances se fondent dans une histoire particulière, que nous ne voulions pas jeter aux orties nos traditions, et que nous interprétions ce monde Un au travers de philosophies incommensurables. Ce n’est pas une grande révolution qui est en marche, c’est une même révolution qui se poursuit depuis plus de trente ans. L’Amérique du sud a rejeté ses dictatures l’une après l’autre. L’Europe de l’est l’a fait plus brutalement et plus tard. Aujourd’hui, c’est au tour du monde arabe de rejeter l’excès de cette invention moderne qu’est l’Etat. L’exigence est qu’aucun Etat ne puisse être le monopole d’un clan, d’un parti, d’une armée, d’un segment particulier de la société. Si l’état impose à tous sa volonté pour éviter le chaos, il doit être un état choisi : on lui concède le pouvoir pourvu que l’on en choisisse les récipiendaires.

 

L’état n’est pas tout, et la vérité qui resurgit, et que ce n’est pas en prenant l’état que l’on peut prendre le pouvoir, car l’état peut trembler, s’écrouler comme un château de sable. L’état ne tient que dans la volonté de ses sujets.

 

Comprenons la jeunesse du monde, qui sait lire, écrire, fait de la poésie, de la musique, qui regarde le monde au travers de ses écrans, rêve d’idylles quant elle lui sont encore souvent interdites, une jeunesse qui trouve dans la foi autant que dans l’ivresse des raisons de vivre. La jeunesse arabe d’aujourd’hui est la jeunesse du monde il suffit de regarder leurs films, d’écouter leurs chansons, d’entendre leur babillages sur les réseaux sociaux, cette jeunesse est riche, intelligente, belle. Comme toutes les jeunesses.

 

Je ne suis ni sociologue, ni économiste, ni anthropologue, je suis un épicier qui surveille le monde pour comprendre comment les marchands peuvent continuer à vendre. Et de ce point de vue là, je vois un monde fabuleux, un monde qui ne demande pas tant la richesse que la dignité, et dans la consommation trouve le moyen d’être un, différent parmi tous les autres, qui trouve dans le bazar du monde les accessoires qui lui donnent sa parole.

 

Je sais qu’en occident la consommation est considérée comme une aliénation. Regrettons qu’on dise moins souvent qu’elle est le langage par lequel les sujets s’affirment comme sujet. La langue du monde n’est pas qu’une parole, elle se fait dans les actes. Combien de Nike au pied des manifestants egyptiens? Combien de voiles sur les cheveux des manifestantes tunisiennes? L’important est que les Nike côtoient dans un même défilé les voiles. Que chacun s’empare des symboles qu’il juge bons pour affirmer sa personnalité. La consommation est aussi une culture.

 

L’aspiration majeure est celle d’être soi, un soi qui n’est pas que l’appétit égoïste, mais cette frêle construction qui reconnaissant les pairs, les parents, et le devoir futur d’éduquer des enfants ne laisse pas le sentiment et l’opinion forgée dans l’histoire personnelle de n’être rien devant les soubressauts de l’histoire.

 

Quelle modernité! Nous n’en finirons pas de cette modernité. Elle aura permis d’inventer l’Etat, mais la grande bataille est encore celle du sujet. Alors disons le tout de go : le coeur de la globalisation est la massification des sujets. La démocratie grecque était élitiste, nos démocraties bourgeoises ont largement écarté des pans entiers du peuple, l’occident a pu construire un modèle démocratique au prix du colonialisme et en partie de l’esclavage, cela ne doit pas faire croire que l’histoire s’arrête là. Elle prend un nouveau souffle, les sujets qui se comptaient à millions se comptent désormais à milliards. Des sujets simples à l’œil brillant, des sujets informés qui s’informent à toutes les sources et ne leur en voulons pas s’ils ne partagent pas cette bourgeoise rigueur qui cache les appétits et les désirs. C’est une jeunesse qui danse et qui aime, l’idéalisme n’est pas toujours un ascétisme.

 

Bienvenue à ce nouveau monde qui donne un coup de pied aux gauches rancies et aux droites momifiées. Audessus des flaques de sang, ce soir  le parfum du jasmin et de l’oranger nous donne l’espoir de beaux matins.

A Colombes, gare du RER

novembre 27th, 2010 § Laisser un commentaire

Il suffit d’un train de banlieue, un hôtel triste, cette terrasse où l’on joue aux cartes, un abris bus, des ombres, la lumière orangée d’une rue désertée. Traverser le monde et connaître des histoires, qui vont de Galatasaray à Colombes, de Dakhla à Belleville, de Constantine à Nanterre. Et j’oublie Nouatchok et les rivages de shan mai.

Traverser le monde ne requiert pas de lointains voyages, mais juste errer aux rivages de ce monde qui fronce aux abords de la capitale. Dans l’ivresse interroger, faire évoquer des chemins douloureux qui conduisent au bord d’une table à boire un café et à se lamenter.

Découvrir ces ruines de la vie, un docteur gardien d’hôtel, un ingénieur gardien de nuit, un homme brisé par la prison, des idéaux en fumée, la poésie qui psalmodie sous l’écran d’une télévision. Des ruines vivantes, l’une qui étudie encore passé la cinquantaine sans avoir passé sa licence, l’autre qui répète des différentielles aux portail d’une gare. Et ce petit café où la bière, en dépit des croyances, en dépit de la foi, tient chaud sous la bruine, sur les flaques d’un hivers bien installé. Se retrouver encore aux berges de la nuit.

Le sol tremble, un train passe, toutes les 10 minutes, l’évier mal embouché et la douche fragile, des festons de moisissures qui célèbrent l’enluminure des portes. Le regard brillant et la question précise, les seigneurs en haillons parlent encore de leur palais. Pensez -vous qu’ils ont cédé?

Dans la discrétion du populaire, le kitch exotique et sans façon, ils rebattissent des palais. Brisés par les vagues, sur la grève boueuse, ils se redressent et font des bois portés des cabanes somptueuses.

Au pied de la gare, dans la brique d’immeubles sans style, ils précipitent un monde dont la traversée vaut toutes les expéditions.Ils sont juste arrêtés, échoués, et réflêchissent encore aux désordres du monde qui les ont laissés là. Sans but et sans victoire, que celle d’arranger dans les meublés un semblant de vie. Moins qu’émigrés, ils sont le visage renversé du cosmopolitisme.

Et derrière le comptoir, cet ancien communiste, combattant de la cause kurde ressert la tournée générale. Un boutiquier qui parfois rend des services, au moins celui d’éttouffer les cris de solitude. Une partie de dés.

 

Où suis-je ?

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