Les bars

avril 15th, 2012 § Laisser un commentaire

Les bars ne sont pas des endroits ou l’on commande une bière et l’on va pisser à la cave pour repartir ailleurs dans l’action du jour. Ils sont ces lieux qu’on apprivoise à force d’habitude et de discrétion, faisant de l’habitude un motif à la reconnaissance et de la discrétion la raison d’être reconnu.

De jour en jour, de visite en visite, il y aura les occasions enfin d’échanger avec les habitués, de se faire reconnaître et de concéder des parties de ce qu’on est. On s’y reconnaîtra différent, on s’y reconnaîtra d’être si semblable, toujours une amitié se fera dans un verre, et deux, dans le secret des solitude. Les bars laisse se faire l’échange d’histoires..

Rares sont les lieux ou étant soi-même, sans rien concéder nous pouvons rencontrer d’égales dignités. Fussent-elles ivres. Dans les bar l’ivresse n’est jamais scandaleuse, elle se dissimule dans la confiance à l’autre et l’art des confidences. Elle se dissimule dans la beauté de l’abandon, elle s’amplifie dans le verre payé, dans cette justesse de l’échange, dans cette conversation où viennent les étrangers se creuser un trou loin du vent.

Nous ne nous y connaissons que par les prénoms, et cette histoire imaginaire que nous y inventons, même si la sincérité œuvre pour que chacun se reconnaisse. Dans les bars on ne reconnaît rien, on ne donne aucun droit, ce qui s’y crée provient du seul désir de ne pas être seul et de maintenir la dignité de solitude partagée. Les bars, une école tremblante de la dignité.

Venise en janvier

avril 10th, 2012 § Laisser un commentaire

En dire quelques mots, une impertinence face à la bibliothèque qui déjà est là, une insulte à ce qu’elle sera. Venise donc, aujourd’hui, cette croûte du spectacle, que nous voudrions percer en rencontrant aujourd’hui l’esprit d’une histoire, en croyant que la prostitution donne un avis éclairé sur la nature de l’homme. Venise en janvier que visitent des voyageurs qui ne viennent pas pour Venise. mais pour un jour gratuit.

Et faisant voler en éclats les plâtres et les apprêts, trouver dans le brouillard et le hasard des choses laissées là, une vérité de lumière et de forme qui sans aucune intention, emmène vers les chemins de la rêverie. Nous y croisons, des masques, des fantômes, on s’y glace dans de petits hôtels.

Et vaquent les bateaux, des vaporettos, des taxis, le lait, un déménagement, la police lagunaire, des pompes maritimes. L’eau verte forme vraiment les rues de la ville. Aucune ville est ainsi et si Venise vend son corps, un corps somptueux forgé dans l’histoire, le commerce, les guerres, et devenue un musée, se vend à bas prix à des foules ahuries, c’est que Venise à cette vertu, que son corps donné ne subit aucun outrage. Elle y trouve les ressources de sa constante régénération. Le corps de la la ville mais les filaments de l’histoire.

Il lui reste cette abstraction, ce goût de l’art, cette art de la vie, une invention. Où ailleurs peut -on donner aux formes un éclat aussi fort. Du pallazzio Grassi à la Biennale ; la ville est un musée. Plus qu’un entrepôt où les œuvres de l’histoire sommeillent en attendant qu’on les accordent au présent, mais ce laboratoire qui construit l’exigence dans la précision et la connaissance de ses collections qui se ruinent dans les paquebots qui se frottent à ses quais.

La pute a de beaux jours.

Venise dans ses sentiers, Venise dans ses canaux, Venise comme le miracle de de franchir d’un monde à l’autre, il ne faudrait que ces rencontres, des navires, un port. Il y aura là la Chine, Rome, des barbares, ce fragment dans un bar qui renvoie l’idée de ce qu’on est, l’idée de soi, de bien vastes miroirs. Il suffira d’une ville morte pour satisfaire les désirs. Un coucher de soleil, le rayon vert. mais ce n’est pas à Venise.

Aux bords des mers ni Venise, ni les ports glorieux, le sauvage d’un soleil et la gloire de son agonie.

La bastonnade de Judas (Malhaçao do Judas)

avril 7th, 2012 Commentaires Fermés

Nous sommes à deux jours de Pâques et c’est au Brésil, à midi, celui de la Mallhaçao de judas. Ce jour là on bat un mannequin bourré de paille, on le dresse au sommet d’un mat en pau de cebô et on le brule. les garçons les plus vifs grimpent au mat pour un dernier crachat.

Ah vous reconnaissez monsieur Carnaval. Au brésil on ne brûle pas de monsieur Carnaval. On brule le maudit, Judas Iskariotte, on le charge de toutes les malédictions, les mauvaise idées, les angoisses, la rage. La bastonnade de Judas. On ne brule pas Monsieur Carnaval à Carnaval, on attend la fin du carême, avant pâques, deux jour avant pour le battre, Judas le traitre.

Il faut se souvenir que l’église a longtemps considéré judas comme un traitre, pire un damné. Au deuxième jour. Deux jours avant. C’est cette vieille théologie qui est arrivée sur les terres de l’Amérique du sud il y a longtemps. Et ce damné on peut le battre comme aucun humain ne peut être battu. Par les enfant, par les adultes.

La bastonnade de Judas reste vivante, populaire, un rituel de garçon qui abattent leurs bâtons sur le corps de paille. Ce Judas ne rent pas part au carnaval. Pourtant, en Europe, souvent la même forme du rite substitue Judas à carnaval. On bât et on brûle un bonhomme qui concentre toutes nos aigreurs et nos violence. Cette dissociation est-elle le fait de l’Europe, qui avant d’exporter aux Amériques ce rituel qui  marque l’anti-judaisme profond de l’Europe et qui  nourrit ses profonds anti-sémitismes ? Est-elle le fait de la terre du brésil ? La haine du juif s’y serait continuée dans l’abstraction d’un rite sacrificiel oubliant les raisons de l’histoire.

Il y a là une question anthropologique qui permettrait de comprendre que ce qui ferait scandale  ici peut s’en tenir tranquillement dans les rues poussiéreuses du Nordeste brésilien et de ses autres Etats, à une forme simple de bouc émissaire, une forme simple de sacrifice. Un rituel élémentaire qui prends son sens dans la violence et le sacré. Une affaire d’homme à en croire les images.

Nous ne savons pas ce qu’est pâques, les œufs, des lapins, des agneaux de lait. L.es cloches qui nous réunissent ne disent rien des jours d’avant, nous poursuivons pourtant des jours d’avant sur les chemins qui nous réunissent à table. Un agneau sacrifié. Une chose à ériger.

Les cultures grandissent dans la séparation, l’isolement. Celles qui doivent refuser ce qui leur rappelle l’horreur de leur constitution, d’autres  peuvent les maintenir dans l’idiotie de leur expression. Un cœur de nos idées a pris forme ailleurs. Battant un corps de paille nous faisons le monde dans le creuset de nos haines. Elles se dissolvent dans l’abstraction des coups frappés sur un mannequin. Elles disent une histoire que nous enfouissons sous son horreur.

La modernité du monde se maintient dans le sacrifice, sans Judas nous n’existerions pas, nous n’aurions ni conscience, ni savoir. Nous ne pourrions dresser des mats qui excusent nos immoralités, et nous exigent de s’y fier.

Le bout du monde

décembre 26th, 2011 § Laisser un commentaire

Le bout du monde est là où on le veut. Ce bout du monde se tient quand la ville s’absente. Les Goudes à Marseille sont un bout du monde. Mais ici à la Mousse, sous la falaise, des vagues rares qui trouve l’écrin pour déferler découvre un autre bout. Le bout du monde au delà de Diabet dans les Dunes du cap Sim, des éclats de silex, les cabanes de pêcheurs, le vent qui vient d’ouest obstinément.

Le bout du monde est un ailleurs. Et sa quête part du ridicule. Le bout du monde est aussi une maladresse. Ce rêve des villes qui ne dépasse pas le périphérique. Le bout du monde est un luxe qui n’est laissé qu’à ceux qui ont été totalement délaissés. Le bout du monde est une marge. Il est aussi cette grève où glissant les vagues on arrive, ivres des ondes, de l’eau, se recroqueviller à la limite du sable.

La forêt qui tombe sur la plage, l’oued qui alimente les courants, les ondes qui viennent sous la paresse des palmes. Au bout du monde il est une belle solitude, comment se tenir au bout du monde ? Il ne dépend pas des drames, un peu de nos regards, il nous sourit et répète que dans ses marges on n’espère plus être reconnus, juste oublié.

Le bout du monde est cet endroit au aucun regard ne saisit, cet endroit où nus nous plongeons dans les vagues, des enfants au ventre des adultes. Au bout du monde nous devenons humains.

Qu’importe nos désirs, nous devinons qu’il faut séduire le monde. Un regard, une caresse, un baiser, les frontières du monde succombent à peu. Un feux dans la nuit, des racines et du charbon, les étoiles au ciel, le vent silencieux. Et je supplie, qu’au matin, nos rêve prennent l’élan de nos réussites. J’aurais dans la nuit senti les froid serpents, je me lève au matin et prie pour un retour, au monde.

La palombe bleue (4)

octobre 14th, 2011 § Laisser un commentaire

Des trains,

Des gares,

Ces endroits de nuit

 

Les trains de nuits

Au blafard des quais

St-lazarre

 

Où sont les enfants

Et cet air d’été

La fièvre des départs ?

 

Le vide d’un hangar

Des silhouettes

Des voyageurs sans raison

 

Voitures d’un autre siècle

Un confort précaire

Qu’habillent des signes désolés

 

Un recoin poussiéreux

Des fonctionnaires fatigués

Voyageurs et controleurs

Relégués aux abords de minuit

 

Les piles de bétons

Les toilettes déjà puantes

Le silence du couloir

 

La palombe bleue est un pigeon parasité

Un reste ferroviaire

Une tristesse, la nuit

Qui emporte

Les égarés

 

Pas même un wagon restaurant où abimer

La nuit à coup de rouge et de bourbon

Des machines à café en panne

L’ennui de l’insomnie

 

Juste l’odeur des paysages qui traversent la cabine

 

Se souvenir

Du flamboiement des départs

De l’esprit des conquêtes

Et cette angoisse douce

qui lie les conversations

 

Il reste le silence désolé

Des corps abasourdis

et les douleurs de l’inconfort

 

Il reste le bruit des boogies sur la voie,

Le rythme du fer,

Les tressautements

Le suspens des arrêts

Les lumières jaunes

 

le chuintement du vent

Un château en ruine

mais roulant.

Où suis-je ?

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