Un fils, un oncle une tante…

avril 15th, 2012 § Laisser un commentaire

Un fils, un oncle, une tante. Une nièce, sa fille, des grands-parents. Une mère, sa cousine. Un ami, un père, une belle-fille. Des amis, nos ancêtres. Des tombes, des maisons, des avions, des trains. Un amour, les familles de nos amours. Un cousin, une sœur. L’autre sœur, son ami, ses amis, ses parents, un frère absent. Ce copain. Une famille qui accueille, des grands-oncles oublieux, des grands-tantes attentives, les adoptés et les autres qui viennent prendre l’apéritif à cinq heure quand le soleil blanc faiblit aux vents de l’après midi. Un jardin et le sel qui saisit nos amours comme la sardine au matin sur le quai avant l’aube.

Entre les murs des ruelles, sur le boulevard où de tristes taxis hoquettent, quand la nuit déjà s’étend et que jappent les chiens, que les goéland arrachent à la vermine des têtes de poisson, que les pêcheurs déjà marchent au confins de la plage pour rejoindre les roches, quand dans les draps humides nous rêvons à nos familles défaites, et que dans la maison d’à côté une Lila profonde nous renvoie l’écho d’esprit attentifs, nous sommes finalement nus.

Des odeurs de coriandre, de cumin et de whisky. La brume qui suinte au travers des fenêtres. Des poulpes frappés sur la pierre de l’entrée reposent dans le congélateur. On les grillera au canoun demain. Ils garderont le goût des marées basses, de ce drapeau blanc accroché au crochet qu’on promène au creux des roches, dans le dépli du sable.

Aucune histoire dans les verres de rosé, et cette table dressée au milieu du jardin, entre les les roses et le jasmin. Sur le toit du garage dans l’après midi blême, au fort d’un soleil qui brille sur le sel, observant l’île, sa prison et son minaret, nous compterons alors des guerres achevées, des guerres à venir, ces courants humains qui se croisent à Gibraltar, au large de la Tunisie, faisant tomber des murs, trouant la Finlande autant que la Turquie, ces flux qui prolongent d’Israel au Brésil, du Canada, à l’Afrique, l’idée qu’au fond nous ne sommes jamais tout à fait fait chez nous.

Nous cousins, nos oncles, nos tantes, nos, amis, nos parents, nos beaux-enfants, nos grands parents, les beaux-frères, les belles-soeurs, des grands-tantes, ces amis de familles, cette foule aimante, cette foule indifférente, ces proches préoccupés par tant de choses qui ne nous intéressent pas, fourmillent ici et là, sans jamais ne nous dire où est le nid.  Et sur la plage les mollets battus par le vent de sable, ces langues piquantes qui serpentent, nous courons ivres du soleil et du sel, nous jetant dans les vagues glacées, dévalant les dunes, nous roulant dans le limon de l’oued, criant un bonheur aussi simple que la vie, un bonheur débarrassé de toutes les origines.

Nos pleurs au cimetière ne retrouvent pas les tombes. Elles s’engouffrent entre les remparts, fuyant dans ces creux que la mer a creusé sous la terre. Les vagues y arrachent les os de nos ancêtres et le vent a gommé les noms gravés sur les pierres. L’océan suce en dessous des tombes les derniers souvenirs.

Dans les jardins, ils reviennent du tennis, ou du port, les mains graisseuses. D’autres du bled. Certains n’ont rien fait, d’autres beaucoup travaillé. Aucun n’aura de raison de ce qu’il a fait. Tous partiront et aucun n’aura le bien qu’il a donné. Sur la roche grise les coquillages accrochés sont bien moins nombreux que ceux qui fixés aux coques traversent le monde.

J’aurais enfants caressé les rochers et les carènes, voulu aimé ces corps victorieux, et cette voisine folle qui crût qu’au pieds des remparts, la morphine ou l’alcool puisse l’emporter plus loin que les ferrys rouillés. J’aurais aimé qu’un monde se tiennent dans les grottes. La colline n’avait plus de force, les courants les ont emportés, il reste peu de chose. Quelques photos, des numéros de téléphones, l’oubli.

Une librairie vascille…Bookstore

octobre 27th, 2011 § 2 Commentaires

Ce n’est pas la première, ce n’est pas la dernière. Sans doute le souffle de ses lecteurs pourra la sortir des urgences. La mort on s’en échappe, les lois de la vie ou de l’économie sont assez confuses pour que passant la ligne de la mort on en revienne. C’est rare. Mais c’est possible. L’amour et la volonté permettent de franchir dans les deux sens cette ligne définitive.

Alors…Juste un souffle, soufflons sur la ligne, et disons ce pourquoi cette librairie ne peut pas, ne doit pas mourir, en dépit des comptes, en dépit du monde qui change. Elle est un monde, avec sa capitainerie à l’étage, cette drôle cabine que personne n’habite mais qu’un cercle de livres défend, des livres de poésie. Elle est ce canapé en cuir où les enfants les dimanches après-midi de novembre prolongent leur rêve sur les lignes de beaux romans. Je pense à ces dimanches de tempêtes, quand des vagues de quatre mètres se précipitent sur la grand-plage, quelques dizaines de mètres plus bas, et que les vents et la pluie battent les maisons basques. Cette librairie est à Biarritz, elle porte un nom désuet – le Bookstore. Un rêve américain peut-être, un rêve de modernité, mais les vagues du temps et les ondes digitales en on fait un doux sanctuaire.

Dès l’entrée une table où les trésors récents de la littérature sont commentés avec délicatesse sur des bristols manuscrits. Dès l’entrée la foule de la  littérature régionale dressent ses esprits, ses images, ses souvenirs, ses mythologies. Aucune anecdote. Quand l’océan bat la plage, les esprits de la runes semblent bien puissants. Et il y a ce couloir qui mène au fond vers un puits tapissé de  poches. Oh, bien plus, le monde de la littérature en briques légères que chacun peut emporter, et ce puits s’enfonçant en un carré étroit où juste deux tabourets tiennent le lecteur de polars et de science- fiction. C’est une librairie où il faut se mettre à genou et chercher derrière le rayonnage ce trésor qu’on connaissait sans l’avoir déjà lu.

C’est une librairie comme on la rêve, pleine de coins et de recoins, de désordres, d’empilements, de surprises de de confort. C’est un navire prêt à appareiller dans la tempête fait de cuir et de bois.

Amy Winehouse – Je ne suis pas bien

juillet 23rd, 2011 § 2 Commentaires

A l’ordinaire des morts c’est ajouté ceux du 22 juillet 2011. La folie meurtrière d’un fonda-mentaliste ? Cette idée de l’action et de la force qui vaut autant que la couardise de 100 000. Ce fût son dernier twit.

Et ce lendemain celle d’une artiste, Amy Winehouse, qui ajoute sa tombe à la série des maudits : Hendrix, Morisson, Joplin, Curtis, Cobain, … Ces écorchés vifs, ces décrochés de vie, de l’art, brûlés de se rendre à un autre que soi-même, ne trouvant de repos que dans l’ivresse. Se foudroyant d’excès quand pulsions de vie et de mort se confondent si intimement que toute limite est dépassée.

Mais peut -être est-ce dans une image que se forge le lien et la peine. Ici sa voix est dans sa vérité, la chanson vit sur son visage, elle est fragile et géniale, on a ce désir paternel de la protéger, d’où vient-il ? Elle est belle, sa peau frisonne d’émotion, et elle maintient le fil de cette histoire sans beau rôle. Ce n’est pas une diva, un enfant dans un monde de voix et de guitare électrique, un personnage donné à la voracité de la société du spectacle. Rock ‘n Roll, puisque justement né pour bruler la jeunesse. Punk pour tout bruler. Et cet air de Northern Soul car elle est britannique.

Une chanson d’elle, c’est à l’économie qu’elle la chante la mieux :

Le Rock c’est d’avouer que produire est un plaisir. L’herbe est au jazz, l’héroïne au rock, l’extasy à la techno, l’alcool de la salsa, la house est cocaine, « It is really good to be high to be honnest», l’aveu vaut tous les miracles :

La culture populaire demande aussi ses tragédies. Si elle répugne à la corrida, les faiblesse, les douleurs, la mort de ses idoles fait partie du spectacle. La culture de consommation doit faire mourir ses objets pour se renouveler. Une étoile fugace dans un ciel soul, un chant gracile suspendu à l’émotion. La beauté du cri vient-elle de ce qu’il va mourir ? Est-il une vérité si l’enjeu de la vie n’est pas joué ? La culture populaire aime les tragiques, ces grands tombés, les génies fous, les talents interrompus, les amours impossibles. Les limites du monde sont de hautes falaises, nos artistes des funambules qui parcourent leurs espaces, leur pas courants sur des fils.

Le héros trébuchant si proche de nous par l’erreur, si loin par le talent. Au Grammy’s célébrée elle rend les honneurs, elle est quasiment black:

Plus au nord, c’est la lignée de Aum, pas de sacrifice mais le massacre, une négation de la vie qui trouve son cimetière non pas dans ses propres douleurs, mais dans le mépris du monde. Une belle étoile s’est éteinte, sa disparition me touche. La haut c’est un massacre. Les morts n’ont pas la même voix. Il y a le froid, l’absence, cette idée que rien ne rend tranquille.

On ne peut pas préférer les morts. La disparition de cette jeune femme, qui a chanté plus que cette chanson, me touche. Nous aurons passer le siècle et la mort romantique peut toujours surgir des écrans. Nous aurons passé le siècle, et la mort peut venir des idées. Certains meurent de trop vivre, d’autres de ne pas assez vivre. Il est des morts aimantes et d’autres glaçantes. Celle d’Amy est touchante.

Testament v1.0

juin 12th, 2011 § Laisser un commentaire

Il est un certain age auquel il faut penser à la fin et formuler des souhaits pour l’ultime mise en scène. Ma foi étant très limitée je renonce à l’église. N’ayant pas le sens de la propriété je n’imagine pas coloniser la ville pour une crypte, autant être à réduit l’essentiel. La crémation me convient bien. Combien de grammes pour un corps? Un joli kilo, j’imagine, pour moi qui atteint bientôt le quintal.

Reste à savoir que faire de ces cendres. J’avoue n’avoir pas d’idée précise. Les cendres sont légères s’envolent avec le vent, mais dans l’outre d’une urne j’imagine qu’elle peuvent rester longtemps.

Alors disons pour une cuisine simple, que j’aimerais être réparti en trois tiers. Le premier serait dispersés dans les vagues de la côte basque, c’est à la mer que je doit revenir, elle a failli me prendre, je lui dois bien ce retour sur investissement.

Pour un second tiers j’aimerais poursuivre l’écoute des vivants. Me trouver sur la cheminée de mes enfants et de mes descendants serait une joie sans pareille. J’imagine mes cendres se soulever de rire quand la famille est en joie. Je ne ferais pas de bruit dans l’urne, mais j’imagine le tourbillon de poussière.

Reste un tiers, à donner à qui le veut. Passer de mains en mains, de trafics en trafics, ma cendre coupe la coca, et se prépare à visiter l’âme d’inconnus. J’aimerais que ma poussière file à grande inspiration dans l’esprit de mes contemporains.

Quelle ironie! Je plains mon exécuteur testamentaire. Pour lui épargner cette épreuve impossible, disons-lui que je n’aimerais disparaître ainsi qu’exceptionnellement. La mort n’est pas une calamité.

un homme s’efface

janvier 25th, 2011 § Laisser un commentaire

Il suffira de vivre de la Chine à l’Algérie

Du Brésil à Belleville

Entendre que la mort frappe à Soisson,

Les vieux partout crèvent de ne pas vivre

Quand la vie partout ne fait que vivre

J’en connais une qui hésite

Dans son hémiplégie

La vie ne meurt pas de malheur

Mais de cet ennui

L’ennui

Une gêne de l’autre

Et l’absence de soi

La vie partout surgit

Triomphant des douleurs

Des humiliations

Elle cède quand vient la mort

Que rien ne dit de son avenir

Un coup de fusil résout l’équation

La liberté y trouve la plus belle des raisons

Et que son prix soit un corps en sang

Sur le carrelage de la maison

A si peu de prix

Les morts parfois pensent au-delà de la mort

Leurs raison donne la raison à leur mort

Le prix de la douleur est celui de la raison

Qui veut mourir?

Et maitre de sa mort comme on a été maitre de vie

Fussions nous maçon,

Paysan

Un suicide?

Non!

La dignité

Cette aristocratique vertu du modeste

Rester homme à l’ultime limite

La fierté de maitriser sa fin

Mais combien sont-ils des mois durant?

A résoudre l’équation

D’une fin annoncée

Et de printemps flétris

Les hommes faits dans la pierre

Ne peuvent à l’horizon

Renoncer à la grandeur

Et se soustraire au salpêtre

Il est des renoncements comme des gloires

Se refuser à dieu c’est renoncer à la mort

Celle de ses usures

Celles de ses insultes

Celle de ses renoncements

De son chemin de pierre

Cette inutile avancée au calvaire

L’homme est celui face à la fin

Prononce un dernier mot

Une balle dans la tête

Saluons le courage de ces hommes

Échappant à l’ignominie des corps qui leur échappent

Et dans la raison simple de leur dignité

Préfèrent un coup de fusil

Aux affres de la débilité

Saluons ces douleurs aiguës

Ces tragiques coup de feux

Ces cadavres sanglants

Ces gloires de libertés

Ce triomphe.

Et d’un quartier à l’autre,

Je voyage d’une Afrique à l’Asie

Il me revient des routes

D’avoir embrassé un cadavre

D’accompagné des cendres

La grandeur de la mort  reste dans son choix

Saluons qui dans la douleur

A voulu rester maître

Saluons qui part

Sans se soumettre

Il est un dieux ce père

Qui ne se résoudt à la mort

Nous le regardons fuire

Dans l’histoire vivante

Saluons sa victoire

Ses cendres au coeur de la pierre

Irriguerons nos victoires

Les morts sont nos amis.

Certains en sont les victimes

D’autres l’ont choisie

Nous ne saurons rien de ce qui vaut à la mort

Mais ceux qui l’ont choisie mérite le respect

De l’avoir maitrisée

La noblesse est au fond

Dans le plus grand désespoir

D’être le maître de sa chute

Saluons celui qui renonce

sa mémoire reste avec nous.

Où suis-je ?

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