7 mai – l’imposture des drapeaux
mai 7th, 2012 § 5 Commentaires
Un président de gauche à nouveau. C’est une bonne nouvelle. Une belle nouvelle sans cet enthousiasme qui fût celui d’il y a plus de trente ans. C’est un président de gauche, d’une gauche bien différente de celle du programme commun, bien différente de ces espoirs étouffés depuis la fin de la Vème république, une gauche qui dès son premier jour devra prendre les atours raisonnables de la social-démocratie, gestionnaire prudente du bien public soumis à la sauvagerie de la société très moderne, celle dont les mouvements hors contrôle de la cité peuvent faire croire qu’elle est un état de nature, mais aussi dernier organe d’un sens de la justice aussi disputé que ne l’on ne s’accorde que rarement sur sa substance.
C’est une bonne nouvelle aussi que cette victoire résulte d’un choc des valeurs moins que d’un concours de comptables, même si nous savons que très vite les comptables reviendront compter les points. D’aucun disent qu’il s’agissait du rejet du président précédent, de ses frasques, de ses coups d’éclats, éclats de verre plus que de cristal. Je n’en suis pas si sur.
La bataille des valeurs n’a pas porté sur les valeurs mais sur une imposture. Une imposture absolument visible, aveuglément visible, une double imposture que la gauche n’a pas dénoncée et que certains à droite s’obligent le 7 mai à revendiquer encore. L’imposture des drapeaux.
Que ce soit au sein des meeting du FN, ou de ceux de l’UMP, jamais on aura vu autant de drapeaux français comme si un seul ou même deux partis avaient le monopole de la nation. Il ne suffit pas de brandir un drapeau pour être français, il ne suffit pas de brasser l’air avec le drapeau national pour défendre la nation. L’imposture est cet accaparement, cette appropriation, ce vol de l’identité nationale, qui masque des idées plus étroites et des intérêts vils. Voler n’est pas un crime, mais un délit. Le crime est qu’en volant ce drapeau, l’intérêt dans la passion brûle le symbole d’une unité miraculeusement issue des affrontements.
Ne refusons pas aux uns de penser que le protectionnisme est une politique – même si la science économique leur donne tort depuis longtemps ; ne refusons pas aux autres que de limiter l’immigration est nécessaire pour préserver une certaine culture – ils ont tort aussi car les identités se forment justement dans la présence à l’autre. Ne leurs refusons pas de croire que le mérite vaut mieux que le besoin, que la frontière protège mieux que l’union. Refusons leur à tous de s’être emparés de la nation pour un projet étriqué, refusons leurs de corrompre ses symboles.
L’identité de la France, l’identité de la nation se forge dans des étapes douloureuses qui vont de la Bastille à l’appel de Londres, dans la permanence des mouvements socialistes et d’une droite bonapartiste, dans l’affaire Dreyfus et la loi de 1905, dans cet affrontement parfois ambigu qui fait d’un ancien croix-de-feu le président de la France à partir du programme commun, d’un radical-socialiste le président d’une droite réunie. Le drapeau leur appartient à tous, il est ce qui au-delà des combats politiques les réunit quand l’adversité, la vraie, la grande, s’abat et abat la France emportant les juifs dans ces terribles usines de la mort, les 600 000 jeunes français dans les camps de travail obligatoire.
Ce drapeau enveloppe une diversité politique et nationale qui se maintient des frontières du Brésil aux côtes du Chili, emportant avec lui ceux qui partagent cet idéal de liberté , d’égalité et de fraternité, faisant un peuple de tous ceux qui préfèrent faire de leur patrie l’idéal d’une universalité plutôt que l’héritage d’un campement, d’une classe et pire encore d’une race – ce serait croire que nous ne pouvons être rien d’autre qu’une prédestination.
Le drapeau de la France est celui de ceux qui veulent échapper à leur condition. Il flotte d’autant mieux que les drapeaux du monde l’accompagne.
Et pour cette seule raison on doit refuser que le drapeau soit holduppé, volé. L’imposture des drapeaux peut tuer les drapeaux, tous les drapeaux. En volant le drapeau de la France, le FN a entamé une corruption que l’UMP en volant ce drapeau volé pourrait achever.
Le drapeau français est le même pour chacun, quelque soit son vote, et les partis devraient le laisser tranquille, on ne vole pas les cendres des morts. On ne vole pas les poussières emmêlées des familles déchirées qui se retrouvent dans la paix de la tombe mais peuvent se lever comme un seul homme quand le danger déboule sur la terre d’où partent leurs espérances.
La bastonnade de Judas (Malhaçao do Judas)
avril 7th, 2012 Commentaires Fermés
Nous sommes à deux jours de Pâques et c’est au Brésil, à midi, celui de la Mallhaçao de judas. Ce jour là on bat un mannequin bourré de paille, on le dresse au sommet d’un mat en pau de cebô et on le brule. les garçons les plus vifs grimpent au mat pour un dernier crachat.
Ah vous reconnaissez monsieur Carnaval. Au brésil on ne brûle pas de monsieur Carnaval. On brule le maudit, Judas Iskariotte, on le charge de toutes les malédictions, les mauvaise idées, les angoisses, la rage. La bastonnade de Judas. On ne brule pas Monsieur Carnaval à Carnaval, on attend la fin du carême, avant pâques, deux jour avant pour le battre, Judas le traitre.
Il faut se souvenir que l’église a longtemps considéré judas comme un traitre, pire un damné. Au deuxième jour. Deux jours avant. C’est cette vieille théologie qui est arrivée sur les terres de l’Amérique du sud il y a longtemps. Et ce damné on peut le battre comme aucun humain ne peut être battu. Par les enfant, par les adultes.
La bastonnade de Judas reste vivante, populaire, un rituel de garçon qui abattent leurs bâtons sur le corps de paille. Ce Judas ne rent pas part au carnaval. Pourtant, en Europe, souvent la même forme du rite substitue Judas à carnaval. On bât et on brûle un bonhomme qui concentre toutes nos aigreurs et nos violence. Cette dissociation est-elle le fait de l’Europe, qui avant d’exporter aux Amériques ce rituel qui marque l’anti-judaisme profond de l’Europe et qui nourrit ses profonds anti-sémitismes ? Est-elle le fait de la terre du brésil ? La haine du juif s’y serait continuée dans l’abstraction d’un rite sacrificiel oubliant les raisons de l’histoire.
Il y a là une question anthropologique qui permettrait de comprendre que ce qui ferait scandale ici peut s’en tenir tranquillement dans les rues poussiéreuses du Nordeste brésilien et de ses autres Etats, à une forme simple de bouc émissaire, une forme simple de sacrifice. Un rituel élémentaire qui prends son sens dans la violence et le sacré. Une affaire d’homme à en croire les images.
Nous ne savons pas ce qu’est pâques, les œufs, des lapins, des agneaux de lait. L.es cloches qui nous réunissent ne disent rien des jours d’avant, nous poursuivons pourtant des jours d’avant sur les chemins qui nous réunissent à table. Un agneau sacrifié. Une chose à ériger.
Les cultures grandissent dans la séparation, l’isolement. Celles qui doivent refuser ce qui leur rappelle l’horreur de leur constitution, d’autres peuvent les maintenir dans l’idiotie de leur expression. Un cœur de nos idées a pris forme ailleurs. Battant un corps de paille nous faisons le monde dans le creuset de nos haines. Elles se dissolvent dans l’abstraction des coups frappés sur un mannequin. Elles disent une histoire que nous enfouissons sous son horreur.
La modernité du monde se maintient dans le sacrifice, sans Judas nous n’existerions pas, nous n’aurions ni conscience, ni savoir. Nous ne pourrions dresser des mats qui excusent nos immoralités, et nous exigent de s’y fier.
Qu’est ce que la lecture pour vous ?
mars 2nd, 2012 § Laisser un commentaire
Une question se pose comme le papillon sur la bordure de la fenêtre.
“Est ce que vous pourriez me dire qu’est ce que la lecture pour vous ? Pourquoi lisez vous ?”
Vaste question qui mérite plus d’un livre. Ce qu’est lire pour moi?
Quelque chose comme respirer, boire, se nourrir. Au premier aspect c’est ce qui n’a pas beaucoup plus de raison d’être que d’être. Lire est là. De la salle des moines à mon lap-top, fourré dans mon téléphone et affiché dans la ville. Finalement lire c’est être avec les autres, même si cela est indifférent aux associations qu’en font les autres.
Ah finalement, lire n’est pas que respirer. Oui! Il faudrait respirer la ville, en dehors de ses murs, et aux dedans, au cœur des bibliothèques. Dans les rues, il n’y a que des publicités aux murs. Lire pour moi n’est pas qu’une histoire du roman : des journaux et la parole répandue sur la ville; des flyers, des affiches, un journal au coin du bar, une affiche à la porte. Si lire est l’air, nous lirons aussi bien les traces de pas sur la neige, les annonces au mur des immeubles, les panneaux lumineux en haut des immeubles, notre paysage est souvent fait de lettres.
Donc une évidence. Mais c’est aussi une expérience. On ne lit pas n’importe où : les romans au bain, des livres sérieux à la table du bureau, les thrillers enfouis sous la couette, un livre d’art dans le canapé; un polcier dans un train. La lecture s’accompagne de cigarettes, de boissons, de biscuits. Souvent la lecture donne faim. C’est une expérience immobile, où l’on s’abstrait du flux du monde, des mouvements de populations et des mouvements de marchandises et des mouvements de l’argent et des mouvements de messages, ces tonnes de mots à lire sans préparation, le flux des paroles. C’est au fond d’un canapé, dans l’oubli d’un banc public, sous une frondaison, accroupi aux toilettes, au bord d’un bar, un café au bout des doigts, dans le compartiment d’un train ou le siège d’un avion. Magazine, roman et poésie.Des articles de la science, et le style au détour d’une phrase.
Lire c’est se retirer du monde pour mieux s’y rendre.Lire cette respiration qui oublie l’atmosphère, une grotte dans le monde. Une évidence et un retrait.
Les chemins de la connaissance
janvier 30th, 2012 § Laisser un commentaire
La connaissance ne poursuit pas qu’un projet. Elle s’est engagée depuis longtemps dans trois directions. La première est celle de la généralité, fixer en peu de mots, peu de signes, les principes qui organisent le monde dans sa pleine étendue et à toutes les échelles. La seconde est celle de la contingence, comprendre comment en un point un événement s’est produit. La troisième est celle de la représentation, comment la chose là peut prendre forme dans une région de l’imaginaire.
La connaissance n’est pas qu’une disposition. Atteint-elle l’essence ? Reste-t-elle une métaphore ? Se purifie-t-elle dans le test empirique ? Ses objets disparaissent à mesure qu’elle découvre des sujets. Découvrant ses limites elle doit se satisfaire de coexister avec d’autres formes dans cette idée de conscience du monde. La science s’ajoute au sensible, mais ne le remplace pas. La chose qui se retire naître un savoir qui se réalise dans l’amour. Cet unique passage vers l’altérite. Nous pouvons connaître sans théorie par le sensible et l’imagination. Une connaissance que rien ne vérifie.
Nous ne savons que dans les limites de la pensée, et le monde se manifeste sérieusement juste un peu au-delà de cette pensée. Le savoir ne résout pas la question du monde, il en élucide l’histoire, les tensions, les régularités, les abords. Aurions nous planter nos pieux ici et là pour tracer les routes du monde/ Pourrions nous réunir au moment tout les brins de l’histoire. Fussions nous les maîtres des masques et des tableaux. Ce que nous connaissons, pour se construire, demande cette empathie, cette aspiration, les fibres les plus fines, les messages les plus obscur, le frôlement au doigt, une mélodie enveloppée de vent, un rien qui donne tout à l’autre, et tout de l’autre.
Et dans cette obsession qui met à l’ouvrage du les sens du corps, de l’esprit de l’âme, sensible à la moindre fibre et le moindre rayon, sentir et prendre prise là où un être illisible fait au moins sentir les épaisseurs de son existance. Que des choses nous n’en connaissions pas la nature il faut reconnaître qu’au moins leur être est à la portée de nos sens et de notre intelligence.
Le point du temps
décembre 20th, 2011 § Laisser un commentaire
Le temps compte peu, c’est la répétition qui importe. Les choses élémentaires s’apprennent en trois ou quatre exercices, le geste savant en réclame des centaines, ce qui est un souci est quand l’occasion de répéter le geste ne peut se faire que rarement.
Ainsi noël, passer la cheminée demande un art consommé, il ne s’exerce qu’une fois pas an. Il faudra donc renoncer à faire un parfait père Noël, car cela demande plus qu’une vie.
Il en est aussi des mots dont le ciselage se compte par milliers, dizaines de milliers, et l’on conçoit qu’incapable d’écrire plus qu’une page par semaine, à la fin de la vie reste un brouillon de quelques lignes. C’est finalement le sort de la plupart. D’ailleurs, peu d’entre nous écrivent leur propre oraison, il reste si peu de phrases qu’un cousin doit se mettre à l’ouvrage.
Le temps n’est donc pas question de vitesse mais de densité. Nos vies ne sont pas courtes, juste insuffisamment longues. Le temps ne passe pas, mais les échéances inatteignables viennent imperturbablement nous dire que nous n’avons pas assez fait.
Le marteau du temps ne frappe pas les conclusions. Il se contente de rythmer sur le cuir de l’espace les creux qu’il fallait remplir assez des gestes rendus nécessaires par nos volontés. Mais à marquer le tempo on se concentre souvent trop pour pouvoir se souvenir de ce qui aurait empli les silences.
Le temps compte peu, c’est ce martèlement qui résonne, et la fréquence des mots prononcés entre deux, juste le rapport des choses à faire et de la ponctuation. On rêve de ralentir le marteau, mais ce ne sont pas nos mains qui le tiennent, plutôt cette gouttière pleine dont chutent des gouttes d’eaux.