Gregory Porter – la résurgence des classes dans le Neo Soul Jazz ?

décembre 16th, 2011 § 1 Commentaire

Grégory Porter est un drôle de personnage avec la toque qui lui couvre les joues. Un ovni dans les vieilles terres du jazz et de la soul. Une comète.

Une chanson, un monument : “1960 wha”t . Les paroles sont ici, sociale et politique, quelques mots, trois images, un monde rendu à l’histoire, ” oui il était le flingue, oui il était the one” .  Si fortes que dans sa voix on croit entendre une voix des 60 jaillie du ghetto. C’est un baryton d’aujourd’hui.

Ces jours ci le morceau revient sous plusieurs remix. Le premier respectueux du chant y imprime une basse électronique funky à souhait. Les drums mettent le beat. Aucune tromperie.

L’original, y-en-a-t-il un est ici, au moins une version longue ( 12mn27s), elle vient de cet album . Totalement jazz, dira-t-on assez que la vertu des esclaves est d’avoir fait de leur soumission un art. Il est désormais celui qui veille à l’âme de la musique populaire.

Une version plus House est déjà disponible, on aime son sens de la sauvagerie. Nous en avons d’autres en réserve, les chants de désespoir et de conquête se prête aisément aux pistes de danse.

et pour finir le clip officiel. C’est unbe église, c’est une prière. Sachez que combattre c’est aussi choisir l’endroit. Comment pense-t-on qu’une aussi belle chose puisse survenir dans  le souvenir? C’tait quoi les années soixante? c’était qui?

Parle avec elle

septembre 22nd, 2011 § Laisser un commentaire

Un film d’Almodovar, avec sans doute moins de dérèglements et plus de pudeur que dans les autres, une sureté du propos dans le questionnement de l’amour, d’un amour qui n’a plus besoin des huiles saintes pour maintenir le mystère. En quelques personnages et leurs vie de nombreuses formes de l’amour sont balayées, observées, évoquées, toutes les formes qui tiraillent de la chair au cœur et varient dans les décorrélations du désir et de l’amitié : on reprendra les couples qui ponctuent le récit un par un. Almodovar a le sens du chassé croisé, une grande culture doloriste et l’on pourra marginalement s’étonner que dans ce film ses choix musicaux soient brésiliens. Les autels et les fétiches y sont constants.

Au cœur du récit reste un cœur dur et chaud, une énigme qui n’en est pas une, une folie à laquelle il nous fait participer et une méditation sur ce qui semble former les critères de notre modernité. Le récit est celui d’un viol, le viol d’une morte. Mais aussi et c’est le prodigieux, celui du narrataire. Dans ce film qu’il parle de l’amour et l’autre, de la solitude et de l’absence, l’aimé est finalement ce personnage absent, dans lequel nous, spectateur, nous glissons, voyeur de ce que même Marco, le narrataire, n’a pas vu mais deviné – c’est la raison de son amitié avec Benigno, « qui possède un caractère enclin à la bonté, des qualités de douceur et de bienveillance », un simple car seuls les simples d’esprit iront au royaume des cieux…

Marco, le narrateur, est un homme triste pas encore revenu d’un amour perdu, et celui à qui il s’adresse est au final celui qu’il abandonne, le narrataire, dans un mouvement du récit étonnant : se glisser dans la maison et la raison d’un personnage, son ami devenu – Begnino. Etrange personnage qui trompe sur sa sexualité et son intelligence, central dans le récit et tragique par une disparition nécessaire. Un psychopathe. Les règles de l’amour sont sociales, et c’est bien là où se trouve la méditation : dans un monde libre, moderne, les seules règles de l’amour seraient celles du consentement. La société requiert que le consentement soit public. Toutes les orientations sexuelles sont permises pourvu qu’elles respectent le consentement de l’autre. Le viol commis serait une violation de ces règles simples d’une liberté raisonnable.

Le tour de force cinématographique sur film réside dans ce film dans le film, cette séquence muette, cette fable de l’amant qui rétrécit tant et si bien qu’amant il se maintient en dépit du sort, qu’à se résoudre de se déshabiller et pénétrer dans le sommeil de son amante et la faire jouir.  Belle inversion d’un fantasme de Série B. Belle parabole que c’est en réduisant qu’on accède au mystère. Le narrataire devient à cet instant le témoin de ce que le narrateur n’a ni vu ni entendu. Un film muet donc quand le propos général du film rejoint cette autre valeur de la modernité, celle de la parole salvatrice, d’une parole qui authentifie, fait le vrai. De la parole psychanalytique, du discours politique. Et le consentement exige la matérialité de la parole. Souvenons-en.

Avec cette scène Almodovar fait du narrataire le témoin de ce qui s’est passé dans l’intimité de l’amour, dans sa plus grande subjectivité, celle qui échappe aux normes et à la representation. Un tour de passe-passe. Cette séquence est la narration d’une narration, mais aussi un point commun d’Alicia et de Begnino, un même goût. Un rêve aussi, le rêve d’Alicia, un rêve erotique, ce plaisir inconscient qui surgit dans la conscience des rêves. Nous en avons tous eu l’expérience de ces rêves érotiques auxquels répond la réalité d’une excitation. Tel est le consentement d’Alicia, sa parole sans parole, et tel est ce qui va la conduire au réveil. Non pas la grossesse qui est une ficelle narrative, mais la jouissance – silencieuse. Il fallait pour le dire les voix de l’imaginaire.  N’ayons aucun doute sur cette idée que les images viennent avant les mots, nous pouvons rêver sans langage, et le rêve n’est pas une invention, il est le primitif de la représentation.

Sur le plan des valeurs, sans aucun doute c’est bien la où « Parle avec elle » marque un point extrême de la méditation. L’amour vrai n’a besoin ni de parole, ni de consentement, il se terre dans le silence des sujets et le mystère d’une caresse. Sur le plan de la forme, c’est en introduisant un récit où le narrateur est absent, que l’Auteur réintroduit le narrataire, lui donnant une nouvelle liberté, le faisant un spectateur dérouté du récit. Et nous devenons ce compagnon de Marco, son confident silencieux.

C’est en réduisant sa parole qu’il l’intègre au récit. Marco, le triste narrateur, est aussi celui qui connait deux amours perdus, deux amours effrayées par le serpent. Plus que d’amour et de solitude, ce film est une méditation sur la connaissance et la raison, bien proche des Menines de Velasquez et de l’analyse qu’en a donnée Foucault. Nous ne serions pas loin de penser qu’Almodovar dans se film est un successeur de Velasquez.C’est bien à nous qu’il parle, nous qui restons silencieux comme le sont ces femmes, des corps sans expressions mais qui ne sont pas insensibles. Est-ce parce-que nous ne disons rien que nous ne consentons pas?

Pour connaître parfois il faut se taire, le génie du cinema et de la peinture réside parfois dans le silence. Des rêves sans paroles. Mais Begnino est bavard. Est-ce la raison de sa perte? Le secret du miracle? La clé est ailleurs, La voix de Caetano, une danse, un toro. Dans une idée de la beauté qui tient moins à ce à qui on parle qu’à la force de vouloir dire. Un spectacle qui s’adresse à des ombres, ce narrataire qu’on imagine pas, qu’on entend pas mais dont on rêve qu’ils ressentent l’écho de nos voix, des ombres, des morts.

Good bye Lenine, le réel reste socialiste.

septembre 4th, 2011 § Laisser un commentaire

D’enfance, j’en retrouve une partie. Cet après-midi. Un dimanche gris de fin d’été, un déjà l’automne, ces vagues lourdes et vertes, la pluie fine et entre les averses le vent suspendu. Cinéma à la maison. Une jolie histoire qui me renvoie à mes vingt ans, à nos rêves d’Europe et au monde qui se réunissait, mais un essentiel dans un détail, ce fil du film, un fragment d’image qui donne une raison d’être.

Sigmund Jahn  a emporté dans son vol le 26 août 1978 la mascotte du marchand de sable. Ce héros de l’Histoire socialiste emporte au delà des mondes cette histoire à faire dormir. Quelle ironie ! Des sens multiples de l’histoire, du socialisme réel à la fiction terrifiante de l’enfance, nos vies sont fait de récits.

J’évoque vous l’aurez entendu ce film intelligent est sensible qu’est Good Bye Lenine, cette belle histoire qui dit que grandir c’est maitriser l’histoire. Le narrateur y fait son l’apprentissage, en réinventant pour sa mère, l’Histoire immédiate, et sans doute le fait-il pour un public plus vaste. Le germe de cette histoire se construit dans cette image. Le cosmonaute et la peluche. Déjà une histoire dans l’Histoire, L’Histoire qui se fait par l’histoire. Et l’enfance qui cille éblouie, au réel déjà mythique, au mythe qui se niche dans le réel. L’inquiétant marchand de sable et le héros de la nation, main dans la main font l’histoire d’une vie. Le reste n’est qu’un développement, et la joliesse du film n’est pas tant dans le sentimentalisme d’un garçon qui aime sa mère, mais dans l’idée que l’on grandit moins en décodant les histoires mais en jouant avec elles. Grandir c’est apprendre, et ce souvenir fait d’un garçon amoureux, un cinéaste.

Ce que j’ai retrouvé cet après-midi est ce bonheur de l’enfance. Je me souviens d’un jour de grippe, que mon père et un oncle m’ont réveillé d’un sommeil de grippe pour regarder Amstrong marcher sur la Lune. Je me souviens de Perlimpinpin. De ces images mêlées, de l’imaginaire et du réel. L’imaginaire du réel, la réalité de l’imaginaire. Ce ne sont pas d’abymes dont nous parlons, mais de ce que nous faisons et de ce qui nous a fait.

« Good Bye Lenine », bien sur parle de mondes qui s’évanouissent, des drames particuliers que le général produit, parle de l’illusion qui a fait un monde et des réalités qu’elle a créée, et qui ne peuvent pas disparaître. Bien sur qu’il parle de l’amour, des entre-deux mondes. Bien qu’il est une comédie, un drame, une histoire sociale.

Mais j’en retiens dans cette après-midi, une formidable leçon. On ne grandit pas dans la perte de l’imagination, mais dans l’art d’en organiser les images, et que ce qui préserve de leur vertige reste l’amour. Que le narrateur puisse réinventer pour la paix de sa mère l’imagerie d’un monde qui s’effondre au moment où il s’effondre sans s’y perdre, tient dans l’acuité de ce qu’il sait de la DDR et de ce qu’il apprend de l’ouest. Nous en tiendrons pour preuve cet instant, où redécouvrant un père parti depuis longtemps, il ne s’impatiente pas, et assis avec ses petits demi-frères, regardent les images de son enfance. Pour refaire vivre le vrai d’une vie -ratée- après avoir inventé l’illusion d’une autre histoire, il fallait voir à nouveau l’illusion qui fait les enfants.

Ce que nous partageons avec les autres, et qui nous donne le sentiment de la réalité, n’est pas la réalité, mais l’imaginaire qui permet de la penser. Où que nous soyons et que nous faisions, c’est un rêve qui fait le monde. Pas un désir. Juste une idée du monde. Et que du monde nous nous en fassions une idée, c’est sans doute car nous savons que les rêves sont des rêves, les images des images.

Il n’est aucun vertige à jouer des histoires, et passer de l’une à l’autre, il faudrait être naïf pour croire que l’on s’y perde.  Aucun enfant ne croit au père-noël, et tous savent bien que les monstres qui encombrent leur nuit viennent de leur imagination. Ce que l’enfance ne sait pas est qu’un jour peut-être, finalement rarement, les ombres et les fantômes seront des marionnettes aux bout de leur doigts. Et qu’il faudra beaucoup d’amour pour leur faire jouer au plus proche le jeu de la réalité.

La fin du film est un feu d’artifice, que les cendres de la mère soit envoyée dans une fusée, et qu’elle y soit moins pas ses cendres que par une photographie, réaffirme cette idée. Le réel n’est pas un en-dehors qui surgit dans nos vies, mais cette extériorité qu’on invite à force de l’avoir imaginée. Un état du monde auquel on ne peut rien, qui ne dit rien, se réalise dans l’idiotie du temps, mais dont le sens et la raison n’ont d’autres racines que celle de l’imagination.

Quittant le détail un instant, dans ce très joli film la réalité n’est pas dans le vacillement des régimes, mais dans la vie de chacun, ce rapport à une réalité sans forme qui se construit dans les imaginaires mêlés. Le socialisme réel n’a pas été l’Histoire, mais une histoire qui a fait la réalité d’une société. Que le narrateur, avec son ami, et sa famille, et les voisins, s’en soit emparé des signes et du langage ne change pas le monde, ni la vie, ni la mort. Mais dans l’ignorance de ce qui est le monde, de ses absolus, il se fait. Celui qui peut raconter une histoire, son histoire, l’Histoire. Avec tendresse et ironie. Les fusées de l’enfance restent intactes.

Un homme a marché sur la lune, j’entends les vagues. Rien de ce qui est n’est vraiment. Nos histoires font les choses, la réalité se fait dans la rencontre de la contingence et de l’imaginaire, du rêve et de l’être. Les niveaux du récit sont des jeux d’enfants, seul l’amour met un ordre. Sans amour il n’est que délire ou absurde.

“Good bye Lenine”, n’est pas que le récit d’un récit, ce n’est pas un jeu littéraire. La virtuosité des images, qui appartiennent à des registres très variés : archives,reportages,  photo, film, film dans le film, publicités, comptent moins que la réalité du récit. Pour vivre encore, quand la vie est condamnée, quand la vie s’est faite sur un faux-récit, que faut-t-il faire? Raconter des histoires. Et même quand l’histoire ne colle plus aux faits, on peut encore imaginer. Belle trouvaille que cette fiction du cosmonaute qui succède à Honnecker pour ouvrir la DDR au monde, ce héros qui a vu le tout petit pays de la-haut, ce sosie dans la nuit d’une détresse, qui répond à l’enfance et recolle ce qui est à ce qu’on rêve. Peu importe les inexactitudes, dans l’espace de la maman, il suffit de cela pour vivre et mourir.  Le réel n’a pas rejoins l’imaginaire, peu importe, il en a été assez proche pour qu’une vie finisse heureuse, et aucun autour n’est dupe.

Le monde de la DDR meurt doucement- dans ce film, moins par la chute de son régime, que par l’évanouissement de son imaginaire. On comprend qu’un cinéaste est né. L’Histoire aura été une contingence, ce qui reste est la faculté de faire naitre le réel, faire naître ces personnages d’une Histoire plus large, celle de la nation allemande, et celle des allemands. Cette histoire particulière est celle de chacun, nos nations ne sont pas des faits, mais naissent de ce fait que les nations se font dans l’imaginaire de l’enfance et dans cette faculté des enfants à distinguer les rêves de la réalité qu’ils produisent.

Julian Freud – le peintre de chair

juillet 22nd, 2011 § 1 Commentaire

Julian Freud vient de mourir, fin d’un géant. Début d’un mythe. Un peintre de chair. Oublions sa généalogie. Les idées simples. L’autoportrait en nu répété suffit à fixer l’oeuvre : il n’est pas de concession à l’idéal social pour peindre la beauté. Les chairs et non les formes, le corps et pas ses apparences. Je conçois un lien à cet Ulysse irlandais, le corps est dans l’instant, et cette chair qui vire du rose au vert, approximée par les touches du désir, de l’envie, de la fatigue, de ce ne je sais quoi de bon et de pervers qui s’étale sous le couteau.

Il n’est pas un peintre d’hôpital, un peintre d’hôtel. Les corps sont nus vraiment dans les hôtels. Tombés du lit. Nos corps sont des oublis de l’âme, nos ancres profondes, ils les peins sans remord. Le corps ici donné à se voir, sans retenue, le corps dans l’atelier, le corps dans sa vie, même quand elle est limitée.

Le corps donné à voir quand voir renonce à la beauté de l’ordre et veut contempler une beauté de l’être. Rares sont les hommes qui se sont donnés au regard avec autant d’humilité. L’humanité de Julian Freud est dans cet abandon définitif de toute les formes de virilité. Il reste dans l’image, par la vie, même morbide, que les corps affaiblis reprennent leur vitalité. L’obscène de ses images est qu’elles promettent un réveil, elles vivent au-delà de l’image, dans la promesse de la vie. Le sexe à l’abandon peut à tout moment bander.

Regardez les couleurs de Freud,  elles oscillent de l’hôpital à ce chez -soi semé de frayeur et de dégénérescence, aux verdeurs de la pourriture et ces roses de chairs, de tendresse, ces intérieurs frémissants, des odeurs de soins et des goûts de baisers, ces senteurs de pubis.  L’humain transpire, et c’est sans doute l’aigreur de la transpiration qui fait l’humain. Ses couleurs transpirent.

Un monde de cuisine

juillet 17th, 2011 § 1 Commentaire

Au détour d’une conversation avec deux jeunes filles, l’une est ma fille, je rappelle à l’une que le foie gras n’est pas une chose du Sud-Ouest mais sans doute un héritage des juifs d’Égypte et que ce n’est pas pour rien que l’Alsace en est un des fins producteurs. Et à l’autre, je  mentionne que si l’Italie est associée dans sa cuisine aux sauces tomates ce fruit vient d’Amérique. Les traditions culinaires ont rarement d’origines assurées, elles se sont faites dans le mouvement des migrations, des importations, des diffusions et souvent c’est le hasard de terres accueillantes qui en ont fait le destin. La paella au fond est ce miracle des lagunes dans la région de valence, on en dira de même pour le risotto vers Venise.

Voilà qui nous ramène à cette question de la culture et de sa double détermination. D’abord ce fruit des échanges entre les peuples et les régions, la culture est avant un résultat avant d’être une cause. Elle est un processus. Ensuite, cette forme qui se maintient, car elle possède dans sa structure, les éléments de sa perpétuation. La cuisine est un beau terrain pour en observer les effets.

Reprenons le premier élément. La culture est un fruit de l’échange. Quel échange ? Il peut prendre plusieurs formes. La première est celle de la confrontation, on se fait contre l’autre, magnifiant des formes contre d’autres similaires que l’on trouve chez l’autre. Le pain français en est sans doute un exemple, ce pain au levain allégé au possible dans la baguette s’opposent au pain plat, aux pains durs de notre environnement proche. La seconde est celle de la créolisation, ce mélange si fin qu’on y retrouve plus les éléments de base, la pizza en est une belle illustration, ce pain plat peint de tomate, plus personne n’y reconnaît la moindre origine – la pizza est une dans ses multiples combinaisons. Une troisième est celle de l’assimilation, un ingrédient devient le propre d’une ethnie, qui se souvient que les petits pois du fish and chips doivent à l’Inde ? Le curry s’est confondu dans la culture britannique. La troisième est cette hybridation qui maintient dans le corps vivant de la culture l’identité d’une autre, un branchement – les merguez de nos barbecues en sont une belle illustration quand voulant en affirmer l’authenticité on continue à les acheter à la boucherie hallal du coin.

C’est dans le jeux de ces quatre processus que les formes s’élaborent. Elles dépendent du rapport qu’entretiennent les cultures qui se frottent. Des rapports coloniaux, des rapports de commerce, des rapports de ports, de souvenirs, de coexistence, des rapports sociaux. Il reste à en établir la typologie. Les mets que l’on goûte se sont cuisinés dans la raison de l’autre.

Les interactions entre les groupes humains peuvent donc prendre des formes variées dont nous venons de donner les grandes modalités, même si leur constitution précise demande une enquête plus approfondie et permet de comprendre pourquoi telle habitude et telle pratique obtient telle valeur. Aujourd’hui la nourriture hallal représente un segment de marché significatif ne peut se comprendre que si l’on conçoit que dans les groupes musulmans se construit une culture contre le monde qui l’accueille. De même on ne peut comprendre comment le sushi devient un ordinaire la consommation que si l’on devine un tropisme vers l’Asie qui se construit comme une adhésion à un nouveau maître, au moins de cuisine. Ces interactions cependant ne disent rien de pourquoi telle où telle forme survit, se maintient, et devient une forme déterminante de nos habitudes et de nos pratiques.

L’invention est une chose, elle est un fait de rapport culturel et social, sa continuation relève d’une autre théorie. Le riz de la paella doit à ce qu’en méditerranée, sur ses bords, il est des lagunes qui ont accueilli cette céréale d’Asie. La tomate a trouvé dans les jardins d’italie sous le cagnard et avec un peu d’eau un bonheur à grandir. La pomme de terre dans les plaines du nord s’est reconnue pour accompagner le chou. La fadeur des bouillons e deviné un destion sur la route des épices, et celles-ci ont chassé les verjus. Le goût que chacun demande à la nourriture a trouvé dans ces graines et des racines d’ailleurs, le bénéfice d’une belle appétence.

Quelques soient les inventions, ce qui les fait survivre est qu’elle correspondent à un goût, et que le hasard de leur invention rencontre un véritable appétit. Les formes issues des rencontres entre les cultures survivent par ce hasard qu’elle rencontre un désir qui ne se connaissait pas. Certaines formes correspondent à une attente qui ne les formulait pas. Le couscous marocain, ce plat de fin de banquet, auquel on touche à peine, est devenu en Europe, ce plat riche et complet qui correspond à cette vieille angoisse d’un ventre plein et satisfait. Ce qui a été inventé ailleurs peut correspondre ici à une autre valeur, et la satisfaisant s’y maintenir. Les pâtes que Marco Polo a remportée correspondent à l’aliment idéal de nos adolescents. Le Big ag des ouvriers de l’occident, ces employées de l’industrie urbaine peut être en Indonésie le meilleur moyens de vivre une sorte de modernité pour les adolescents.

Ce qui maintient les formes, n’est pas fondamentalement culturel. C’est une chose aussi physique, biologique, sociale, économique, culturelle aussi mais sans doute à la marge. Certaines structures s’avèrent plus stables que les autres, mieux adaptées. Et soyons de ce point de vue très darwinien. Les formes qui demeurent sont celles qui se reproduisent mieux que les autres. La pizza, le kebab et le hamburger doivent moins à l’affinité culturelle, à la qualité nutritionnelle, qu’à cette facilité de les reproduire dans une société où ce qui demeure ne tient pas à la culture mais à la rentabilité. Les formes culturelles qui se développent tiennent aux moyens de leur production. Et ce qui survit constitue les formes de nos consommations. C’est sans doute pour cette raison que l’on trouvera la Chroucroute et le kimchin sans que l’une des préparation soit l’héritage de l’autre, de la même manière que les chauve-souris et les oiseaux ont des ailes. Les structures sont ces formes qui se révèlent à la contingence.

Et au fond ce n’est sans doute pas par hasard que les aliments soient aussi typiques culturellement que brassés à travers le monde. Puisque nos corps sont uniques et partout similaire, la contingence choisit les mêmes structures, leurs variétés ne dépend que de nos rencontres.

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