La naissance des routes

juin 30th, 2011 § Laisser un commentaire

J’aurais d’un pas très lent traversé le monde
Ne pas y revenir
Mais je l’ai traversé à de multiples reprises

Je n’aurais pas traversé tout le monde
Mais mis dans mes traces des pas
Répétés

Cela fait une piste

Et de ce monde qui désormais est habitude
Quand il était surprise
Je dis la joie

Poser le pied
Dans l’empreinte des souvenirs
Et creuser un chemin

Et que croyez vous du monde ?
Qu’autre chose qu’on désire en soit le maitre ?

Les mondes qui se rejoignent rêvent des mêmes marques,
Et le sentier s’y fond
Les herbes écrasées par des animaux perdus
Qui posent leurs ongles
Sur le sol déjà foulé
Remâchant les parcours

Je dis la joie du monde
Qui ne vient pas de traversées folles
De corps jetés à travers le maquis

Désirant ce que l’on reconnaît
On creuse dans l’exubérance
Les formes même du monde

Les forêts deviennent des jardins
A la force de nos pas
Des cathédrales se montent sans imagination

J’aurais d’un pas très lent traversé le monde
Je n’aurais pas traversé tout le monde
Mais le monde à mes pas s’est transformé

Nous sommes des bergers,
Et nos chèvres en dessinent les routes

Pauvre pêcheur

juin 26th, 2011 § 1 Commentaire

De la puissance de l’être je ne sais assez peu,
Et ses formes je les sais multiples
Je suis un nain qui regarde les montagnes,
Des vagues vertigineuses,
Des planètes me tombent sur la tête.

Les vouloirs en mon âme pagaillent,
j’aurais voulu tout lire
Et je ne comprend rien
Les philosophes m’assaillent
Et leur langues me blessent

Il faudrait des siècles pour les deviner
Je suis un homme ici avec un pauvre langage
Je suis dans l’ignorance
Au-delà de ce que je sais

Je ne laisse rien aux dieux
Il ne me reste que l’amour

Je monte des murs pierre à pierre
Mes mains connaissent le ciment
Mes pieds calleux
Leurs ongles cassés

Comment penser le vrai quand
La pensée nous échappe ?

Serais-je un maçon
Il ne suffit pas de dresser des murs
Pour regarder la lune

Et je regarde la lune
Et ne suis pas astronome
J’aurais voulu savoir
Et la géométrie m’échappe

Des mots viennent
Ils sont si faibles
Qu’ils ne disent rien

Que mon désarroi
Nous ne savons si peu
Que la raison s’évanouit
Seul l’amour nous tient

Au pied des murs
J’aurais été un savant
Dans ma tête vivent des bibliothèques
Je peux citer et réciter

Des livres par milliers occupent ma tête
J’aurais tout lu
Et je n’ai rien lu

Au pied du monde nous ne savons rien
Des siècles d’histoire et la guerre qui revient
La richesse qui croit et s’effondre

J’aurais dans les livres crus qu’une vérité se dresse
Je brule dans un désert des brindilles graciles
Un thé pour être ensemble

Les vagues qui martèlent la falaise
Au creux d’une dune

Je suis un homme ici avec un pauvre langage

Et je regarde au large une nuit brumeuse
Que sais-je du monde
Que mes compagnon de la nuit

Ces pêcheurs qui vont à l’aube
Glaner les coquillages
Le poulpe
et les ormeaux

Nous veillons à la marée

Ah ce maigre savoir,
Ce pauvre des rochers
Des flaques à marée basse

Ordre symbolique et imaginaire social

juin 25th, 2011 § Laisser un commentaire

Les sciences sociales sont animées d’une double polarité. D’une part elles tentent de penser notre monde dans un principe d’ordre qui permettrait de réduire les formes sociales à la raison d’un nombre réduit de de règles, dont l’effet immédiat et accumulé serait de dégager des structures stables. Mais d’autre part, elles se refusent à envisager la fin de l’histoire en pensant dans le fait social des éléments qui brisent les structures au prix de leur reconstitution. Elles rêvent d’unité quand tout les éclate.

L’économie reflète assez bien ce premier effort mais si elle ne s’y résout pas tout à fait. Dans un principe fondamental d’utilité et de coût, d’offre et de demande, elle tente de construire un ordre du monde qui  rompt à l’examen de l’innovation. L’équilibre désiré se ruine dans l’exogéneité de la discipline, même quand elle réussit à l’endogénéiser l’économie dit la quantité du neuf. Fait-elle de l’innovation un bien qui est demandé, elle échoue quant à sa spécification. Au mieux peut-elle penser les conditions qui fassent qu’elle ne soit plus nécessaire. Dans tous les cas, l’innovation dans sa substance se définie en dehors de la règle économique, elle reste un hasard heureux ou malheureux, qui en dernier instance en définit la dynamique.

L’anthropologie culturelle se situe assez bien dans le second effort. Aurait-elle trouvé dans les thèses structuralistes les moyens de dire la régularité, elle ne fait que découvrir le foisonnement de l’invention humaine, sa faculté de s’approprier le monde, de le transformer, de s’ouvrir à l’autre et de réinventer son environnement. Aucune des institutions qu’on aurait pu croire universelles ne résiste à son enquête. Et pourtant la discipline poursuit sa quête d’invariant.

Il n’est pas de discipline pure sans doute par la nature même du fait social qui ne répond ni entièrement au principe d’ordre, ni à celui de l’innovation continue. Les sociétés en somme se construisent entre l’utopie et l’idéologique, la rêverie et la régulation.

C’est sans doute la sociologie qui exprime au mieux cette tension oscillant entre le fait social et la liberté du sujet, cherchant un compromis entre le libre arbitre et la naissance des structures, devinant que c’est entre deux niveaux d’analyses que l’on peut comprendre le réel, ou plutôt dans le rapport que ces deux niveaux de réalité entretiennent que l’on trouvera la raison du monde.

Ces tragédies de la connaissance ne sont cependant pas des tragédies du monde. Elles résultent sans doute de la nature du monde lui-même. Un monde qui n’est pas un mais se disperse en une population dont chacun des membres porte ce monde. Les structures ne sont pas en-dehors d’eux, mais elles n’y sont pas aussi enfouies. Si le monde est chacun et que chacun est le monde, c’est la constitution même des sciences sociales qu’il faut attaquer en reconnaissant d’autres concepts, en les réagençant de manières différentes.

Il nous semble que cela soit possible en considérant deux ordres de phénomènes dont la nature s’incarne aussi bien dans l’individu que la structure sociale. L’ordre symbolique et l’ordre imaginaire sont ces catégories qui concernent à la fois les sujets et leurs organisations.

L’ordre symbolique est celui de l’équivalence, l’économie au fond est avec la sémiotique la discipline qui s’intéresse aux équivalences. Le symbole le plus criant est celui de la monnaie qui est rien en-soi qu’un rapport d’équivalence, un objet sans substance autre que ce que le corps social lui donne en établissant une correspondances entre des objets incommensurables par ailleurs. Il n’est pas d’économie sans équivalence, il n’est pas d’économie sans symbole. Mais le symbole ne concerne pas que l’économie, peut-on penser le pouvoir sans ses apparats? Une royauté sans couronne? Un congrès sans badge? Un état sans document d’identité? Une bourse sans action? Une armée sans drapeau? L’ordre symbolique à la vertu de réduire le variant au symbole, et dans le jeu des équivalences, distribuer des rôles, des fonctions, des pouvoirs. Et c’est la nature de ces équivalence et l’organisation de ces symboles qui font la société en partie.

Ce qui est donc constitutif de cet ordre c’est le principe d’équivalence, et ce principe ouvre à la structure car l’équivalence joue comme règle. Une règle induite par la nature de l’équivalence. L’échange marchand, sans même que la monnaie s’en mêle, se construit dans l’équivalence des biens, et celle dernière est induite de la forme des préférences. Sans équivalence il n’est pas d’échange marchand possible et sans doute la difficulté d’établir un système d’équivalence générale qui a conduit l’humanité à former une sorte d’équivalence générale qui se trouve dans la monnaie. L’ordre économique n’est pas celui de la monnaie, mais celui d’une symbolisation des équivalence qui in fine se condense sur le symbole monétaire.

L’équivalence se manifeste aussi aujourd’hui dans l’ordre social qui se construit au travers des biens abstraits que sont les formes esthétiques, un ordre s’y déploie dans le rapport du mieux et du moins bien, sous la forme de classements et mieux encore de note. Les uns et les autres constituent un nouvel ordre symbolique qui d’ailleurs n’est pas indépendants de l’ordre monétaire, même s’il s’en distingue : le curieux est que les livres ou les musiques distinguées par les notes ne se distinguent pas forcément par leur prix, mais signalent suffisamment quelle doit être l’ordre des préférences. Ainsi le symbole est une convention qui matérialise, concrétise, l’ordre d’une équivalence.

Mais voilà qui n’est pas suffisant pour penser l’ordre social. Qu’un classement par étoile prévale dans le monde anglo-saxon, quand des notes sur 10 dominent en France est un fait suffisamment curieux pour qu’on ne l’attribue qu’au hasard. L’un et l’autre sont les héritiers d’une institution scolaire qui les a adopté auparavant et l’on peut raisonnablement faire l’hypothèse que la convention s’est fixée sur un objet pré-existant. De même la diversité des monnaies qui perdurent, doit beaucoup à l’histoire. L’euro a faillit un un écu, et le dollar est l’héritier du thaller. Il ne s’agit pas que de mot. L’euro s’est constitué dans un jeu d’équivalence politiquement négociée et sa dénomination a fait l’objet de nombreux débats dans lesquels il fut moins question d’équivalent mais de justesse d’un héritage que l’on ne souhaitait hégémonique. Le symbole est aussi le fruit d’une culture, au moins dans sa terminologie.

C’est là où pointe l’ordre imaginaire. Un désordre plutôt. L’imaginaire n’est pas une invention échevelée mais ce rapport entre la pensée, l’imagination et ce qui la fixe, des paroles et des images. L’imaginaire n’est pas la représentation mais s’en nourrit, il n’est pas le propre d’un esprit solitaire mais se distribue dans la foule, et dans les mouvements de cette foule des images et des paroles restent, d’autres s’évanouissent, l’imaginaire ne se réduit pas à ce catalogue, mais se déploie dans les formes qui y rebondissent.

L’imaginaire est à la fois une limites et une virtualité, des motifs établis qui varient au gré de leurs échanges et de leurs transformation. La création est au cœur de l’imaginaire, une recomposition incessante des formes qui pourtant supporte le poids et la contraintes des formes les plus profondes, les plus durables, des strates enfouies qui ne se font pas oubliées. L’imaginaire est libre mais a une histoire. Et ce qu’il conquiert c’est à partir d’un patrimoine.

Il y a sans doute une économie de l’imaginaire, sans doute celle de l’imitation, sans doute la trajectoire de l’imaginaire est contrainte par l’ordre symbolique. Il est un imaginaire du dollar, sans doute un imaginaire moins pressant de l’euro. Ne croyons pas que ces objets soient purs symboles, ils sont aussi le sens qu’on leur prête, une historicité.

Le propre de l’imaginaire reste sa variation, car l’imaginaire s’inscrit dans la contingence. Les pensées, les rêves, des images. se font ici et là dans la confrontation aux autres, au passé, au hasard. Mais par incompétence, par incapacité d’imiter soigneusement, les signes se déforment, se réarrangent et prennent d’autres significations.

Le christ en croix, la couronne du roi, Roméo et Juliette, Orphée aux enfers, la conquête de l’Ouest, l’imaginaire se constitue de mythes et du rapport particulier que dans vie immédiates nous construisons avec les idées. Et il ne s’agit pas d’équivalence, mais d’analogies de métaphores. Il ne s’agit pas d’un même rapport de valeur mais d’un certain rapport de formes, de similitudes.

Ne doutons pas que l’ordre symbolique et l’ordre imaginaire soient intimement intriqués, ils le sont car l’un et l’autre ils se partagent, de bataille et convoitent les signes. Qu’une formes soient devenue symbolique lui donne toute les vertus de l’imagination, ce dieu dollar engendre milles caricature. Et inversement les imaginaires les plus profond en deviennent symbolique. Oublierait-on le sens de la croix, cette douleur de dieu sur terre, le martyr des dominés, la croix demeure symbole de l’église et de la chrétienté. Les vanités sont aujourd’hui imprimée sur des t-shirt, même si ont en a oublié le sens, elle renouvelle l’imaginaire de la mode, disant peu de ce qu’elle symbolise, moins la mort qu’une manière de refuser le monde d’ici. Les ordres se mêlent donc en s’emparant des signes. Et ce sont les modalité de cette empoignade qu’il faut dénouer.

Into The White Night

juin 24th, 2011 § Laisser un commentaire

C’est une idée qui semble traverser profondément le cinéma de l’Asie du nord, celle de la solitude. Cette solitude qui vient de rompre avec la pauvreté, la misère, et avec pudeur se consacrer à la richesse bien tempérée de l’oubli. « Into The White Night » est un polar radical qui en offre une belle illustration.

L’histoire fort simple est une tragédie de l’enfance. Une petite fille des taudis livrée au désir des homme par sa mère est délivré de ses monstres par son ami. Le fils d’un de ses, je n’ai pas le mot, un de ses consommateurs. Le crime – en est-ce un ? – reste une énigme et l’enquêteur qui en est chargé poursuivra sa vie durant l’investigation, découvrant peu à peu l’atroce vérité, celle d’un crime qui ne peut être puni. Le parricide est terrible, mais il s’accompagne ici d’un matricide, cette petite fille, ou son très jeune ami, tuera la mère aussi.

Le meurtre ne met pas fin à la vie et nos deux protagonistes poursuivrons leur chemin lié par le secret et un amour. Elle magnifique et détachée, poursuivant dans la vie sociale ce qui mène de la lie à la richesse. Lui veillant en dehors du monde, frappant quand il est nécessaire pour protéger son amour d’enfance. Leurs talents, ils le doivent aux vieux, entre l’art de la broderie, celui du découpage, le morse devenant la pauvre symbolique qui les relie, n’empêchant  la richesse de l’imaginaire. D’un monde à l’autre souvent c’est la pauvreté des signes qui maintient l’unité.

Il faudra cet enquêteur pour les faire revenir au monde, cette enquêteur qui ne résout pas l’affaire mais au soir de sa vie, dénoue les fil de la tragédie et renonce. La grande solitude se tend quand le drame échappe à la société et à ses institutions. La tragédie au fond, ne se résoud pas dans la destinée, nous savons tous qu’elle se tient dans la mort, ni même dans cette idée de l’inéluctable, mais dans une mort qui échappe à l’ordre social.

Que la forme du polar eût été adoptée pour cette histoire était inévitable, les flics sont les passeurs de l’ordre, ils sont les rares pêcheurs qui ramènent les morts au rivages de la sociétés et réduisent le tragique à un drame. Dans ce film, l’inspecteur renonce, donnant à la mort le goût de la vie. Laissant le double crime, ce double parenticide à l’ignorance,  il sauve l’amour.

 

 

Double point

juin 24th, 2011 § Laisser un commentaire

Un point c’est tout n’est pas assez! Triple, il est déjà sans fin. Double, un air du temps, ce qui finit ne finit point. Au fond ce double point est un point procastiné. Irrésolue terminaison d’un temps qui se refuse à s’inachever. Bref, un lapsus.

( à propos d’une note des langue sauce piquante)

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